Le jour où la maîtresse a voulu le faire taire
C'était lors de la première année d'école du Zebrounet, il avait tout juste 2 ans & ½.
La maîtresse demande à me parler lorsque je viens chercher mon loustic à 11.30. Je patiente alors gentiment, le temps que tous les autres parents aient récupéré leur enfant, avant d'entrer dans la classe pour entendre ce que l'on avait à me dire. Mi-surprise, mi-anxieuse, pendant ces quelques minutes, je me demande, incrédule, ce qu'il a pu faire de "grave"...
Le verdict tombe enfin : mon zébrillon était, je cite "trop enthousiaste lors de l'atelier lecture" ! ![]()
Atelier consistant, m'explique cette maîtresse, à parler d'un livre qu'elle avait lu à la classe la semaine précédente.
Le "problème" (
son problème à elle !) : le jeune zèbre donnait toutes les réponses à ses questions, & elle pensait qu'il ne laissait pas le temps, ni même l'occasion, aux autres élèves de prendre la parole (je précise qu'il était alors dans une classe à multi niveaux - 4 pour être précise - allant de la Toute Petite Section, à la Grande Section, au sein d'une petite école ardéchoise).
Elle s'étonnait du reste qu'il semble avoir mémorisé l'histoire dans ses moindres détails. N'hésitant pas à me demander - d'un air soupçonneux - si, par hasard (!), je ne la lui avais pas moi-même lue à la maison. Théorie qui aurait expliqué à ses yeux comment il pouvait la connaître quasiment par cœur, alors qu'elle ne l'avait lu qu'une fois en classe & que cela remontait à quelques jours déjà. L'idée qu'il puisse avoir une attention & une mémoire plus importantes que ses camarades n'arrivant, manifestement, que loin derrière cette 1ère hypothèse
Je répondis que non, nous n'avions absolument jamais lu ce livre. Et c'est à cet instant qu'elle me dit avoir dû lui imposer de se taire, le forçant à arrêter de participer à cet atelier, afin que les autres puissent répondre à leur tour
Cet incident a eu lieu bien avant le bilan (qu'il a passé à l'âge de 4 ans & des poussières). C'est à dire avant la prise de conscience & d'identification de ses différences... Et j'avoue que même si cela m'avait énormément ennuyée & contrariée à l'époque (de savoir mon fils obligé de mettre en sourdine ses élans spontanés & sa soif de connaissances, que je savais grands, mais sans en deviner la cause ni "l'anormalité"...), je n'avais pas saisi toute l'ampleur que cela avait pu avoir sur la vision qu'il aurait désormais de l'école.
Je crois avec le recul (& les cartes que nous avons aujourd'hui en main pour mieux analyser ce type de soucis) qu'un espoir s'est cassé à ce moment précis pour lui. Et qu'il a malheureusement compris ce jour-là, de la manière la plus brutale qui soit, qu'à l'école il ne pourrait jamais être lui-même sans provoquer gêne & mise à l'écart, même de la part de l'enseignant





J’ai vécu une expérience assez similaire, voire pire parce qu’à la fin de l’année, mes parents ont déménagé, et ma nouvelle école m’a forcée à redoubler la petite maternelle que j’avais intégrée à à peine deux ans… La nouvelle maîtresse refusait de me laisser apprendre à écrire ou lire, elle me forçait à faire des dessins bêtes et méchants TOUTE LA JOURNEE sans me laisser participer aux activités de classe. Elle disait que j’étais en retard par rapport aux autres enfants parce que j’étais jeune et gauchère. A la fin de cette année scolaire-là, j’ai dit à ma mère, du haut de mes trois ans, qu’il était hors de question que je remette les pieds à l’école. Je le lui ai répété tous les matins sans aucune exception jusqu’au bac.
Alors je vous souhaite bien du courage. Et au petit aussi. Ceci dit, j’ai malgré tout effectué une scolarité brillante, et ce n’est pas faute d’avoir tout fait pour ne pas travailler. Donc tout n’est peut-être pas perdu…
Bien sûr, rien n’et perdu. D’autant que l’incident en question au lieu il y a 3 ans. De l’eau est passée sous les ponts depuis (& d’autres incidents du même genre… aussi
).
Le Zebrounet est d’ailleurs, un élève brillant depuis son entrée à l’école – le meilleur de sa classe chaque année – car il fait son travail scolaire tel qu’on le lui demande. Mais il le fait (& c’est tt le problème actuel) sans peiner, sans effort.
Or le manque de stimuli intellectuel est un vrai danger sur le plan scolaire à mon sens, plus que tte autre chose
Oui, j’ai mis un temps fou à m’écrouler. Mais dans mon cas, personne ne savait que j’étais un Z. C’était totalement contre les principes de l’école républicaine égalitaire etc de reconnaître ce genre de chose. La première fois que ma mère a prononcé le mot « surdouée » (sans connaître les nuances zèbre-brillant bosseur) en parlant de moi, c’était il y a six mois, et j’ai 25 ans… L’erreur fatale a été de confondre les deux. Votre petit zèbre part mieux dans la vie!
(ceci dit, j’ai réellement développé une haine et une souffrance profonde à cause de l’épisode que j’ai raconté. Je ne l’ai jamais trop laissé paraître, et j’ai fini par m’en souvenir et m’en guérir toute seule vingt ans plus tard. Mais j’ai vraiment refoulé tout ça, au sens freudien du terme. Je n’ai pas de conseils à donner mais méfiance, c’est dingue ce qu’une petite frustration comme celle-ci peut laisser de séquelles invisibles, qui vont ressortir bien plus tard )’: j’aimerais tellement que d’autres n’aient pas à vivre ça…)
Aha, ça me rappelle le CE1, avec les chiffres et les nombres affichés au-dessus du tableau, de 0 à 100 je crois. La maîtresse a eu le malheur de demander : « Est-ce que quelqu’un sait ce qu’il y a avant 0 ? ». Et moi, petite zèbre de six ans à peine, avec un grand frère qui me laisse regarder ses cours, je réponds qu’il y a des nombres négatifs, -1, -2, -3, même que ça va à l’envers et jusqu’à l’infini. Je me souviens encore du silence de l’enseignante qui ne s’attendait visiblement pas du tout à une telle réponse. Puis une phrase assez maladroite a suivi, quelque chose comme : « Eeh non, tu te trompes ! *grand sourire* Avant 0 il n’y a rien ! »…et moi qui tente de lui prouver que si, que c’est évident d’ailleurs, que quand on fait 10 – 11 ça fait forcément -1…bref, il a fallu longtemps avant qu’elle reconnaisse que oui, je disais la vérité, mais que c’était quelque chose qu’on apprendrait bien plus tard.
Je ne vais pas m’étendre sur les conséquences que cet épisode (et tous les autres) a eu sur ma perception de l’école, tout est très bien expliqué dans ce blog.
Merci de faire partager votre expérience !
« il a fallu longtemps avant qu’elle reconnaisse que oui, je disais la vérité, mais que c’était quelque chose qu’on apprendrait bien plus tard. »
J’imagine bien le tableau !!!
Lire vos textes me fait monter les larmes aux yeux… Mon petit bonhomme, entrant en l’équivalent du CP (en Suisse) cette année, se fait gronder par sa maîtresse car il a fait 10 pages de devoirs dans sa brochure au lieu d’une….. Vexée probablement de voir qu’il a fait cela sans ses explications (elle a aussi voulu savoir si on avait la même brochure à la maison!!), elle s’est braquée… et lui aussi… C’était le deuxième jour après la rentrée. Et depuis, il ne veut pus aller à l’école, alors qu’il attendait cela depuis 2 ans !…
A vous lire, il y a de l’espoir quand même pour la suite, mais je dois dire que face à l’incompréhension totale de la maîtresse, je désespère. Qu’avez-vous fait pour soutenir votre enfant ??
pardon pour la faute de frappe… il ne veux « plus » !
Bonjour,
Je découvre votre site depuis ce week end et je me rends compte à quel point les parents de petits Z passons par les mêmes soucis.
Votre article me rappelle le CP de mon zébrillon : avec sa mère, nous sommes convoqués par la maîtresse. Qu’a-t’il bien pu faire? Et là, consternation, elle nous explique que notre enfant prend trop souvent la parole, à bon escient, toujours en la demandant. A l’époque, il savait bien évidemment lire (dès la fin de la GS d’ailleurs) et du coup nous avons posé la question du saut de classe. Avec la réponse malheureusement classique : mais non, il n’est pas assez mur votre fils…
Heureusement (j’essaye d’être toujours optimiste), en CE1 nous avons été convoqué pour la même chose, mais avec un vrai diagnostic pédagogique : l’instit nous a expliqué que notre zèbre s’ennuyait et qu’il fallait faire un glissement dès janvier vers le CE2. Et là, première prise de contact avec le surdouement du petit Z, incitation par l’instit de faire réaliser un test. Si toutes pouvaient être comme elle… 2 ans après l’avoir eu 4 mois, elle continue à prendre de ses nouvelles!!!
Comme quoi, face à 2 situations identiques, des enseignants (le plus souvent jeunes) arrivent à avoir un bon réflexe et à essayer de comprendre pourquoi leurs élèves si prometteurs se mettent à ne plus travailler!
Bjour
« Comme quoi, face à 2 situations identiques, des enseignants (le plus souvent jeunes) arrivent à avoir un bon réflexe et à essayer de comprendre pourquoi leurs élèves si prometteurs se mettent à ne plus travailler! »
Oui ! Les réactions peuvent être très différentes, pour ne pas dire opposées ! C’est d’ailleurs ce qui est regrettable au fond : que l’attitude « de l’école » face à un enfant doué soit finalement fonction d’individus, & donc, se résume à une question de chance… ou de malchance ! D’autant plus regrettable qu’il existe des textes visant, précisément, à unifier les choses afin que chaque enfant bénéficie théoriquement de la même prise en charge dès lors qu’il est identifié comme à haut potentiel intellectuel.
Bon, nous savons tous que dans la pratique, ce n’est pas le cas…
Une chose me frappe tjrs : le nbre de gens qui me disent via les commentaires ou par e-mail « Nous aussi, nous avons vécu la même chose ». Je crois que les mêmes « reproches » (poser trop de questions, prendre trop la parole, aller trop vite, etc.) se retrouvent au moins une fois dans la scolarité de chaque petit zèbre (& c’est d’ailleurs bien triste, parce que ça ne devrait pas être le cas effectivement
)
Je reviens sur cet article pour apporter mon point-de-vue d’enseignante.
Si j’interroge deux fois de suite un élève lambda, je me fais huer par le reste de la classe qui était en train de se battre pour répondre. Admettons que tous les instits ne soient pas confrontés à des classes aussi dynamiques. Comment s’en sort-on? Car chaque parole prise par un élève est une parole refusée à un autre (sinon, on ne s’entend plus). Il est rare (d’ailleurs, je n’ai jamais vu ça) qu’il n’y ait à chaque fois qu’UN SEUL jeunot qui veuille répondre. Comment fait-on pour contenter tout-le-monde? C’est un problème insolvable!! J’essaye de dire dire aux plus avides de répondre dans leur tête quand j’interroge quelqu’un d’autre, et si leur réponse est bonne d’imaginer que je les félicite personnellement, puis de faire une petite coche sur un papier. A la fin de l’heure, ils comptent combien de coches ils ont faites et on en reparle.
Mais le problème serait le même dans une classe d’enfants surdoués… comment fait-on pour laisser douze enfants répondre à UNE question, à UN enseignant? J’ai essayé le coup de les laisser tous répondre en même temps. j’ai failli mourir de migraine.
Et pareil pour le travail fait en avance, une fois qu’on y arrive avec la classe, il est déjà fait et… l’enfant s’ennuie. Sauf qu’il est concrètement IMPOSSIBLE d’avoir à chaque fois du travail supplémentaire à disposition, pour chaque profil d’élève, pour quatre niveaux différents, alors qu’ils ont déjà tout lu dans la bibliothèque (qu’on fournit à nos frais soit dit en passant, donc difficile d’avoir des encyclopédies sur tout à leur proposer), et qu’on doit être là pour aider tout-le-monde. A fortiori quand on est jeune enseignant!
C’est un réel problème d’ordre moral et matériel (impossible, par exemple, de donner un travail avec des supports originaux comme des DVD ou des CD à un enfant pour qu’il fasse autre chose que de l’écriture pendant qu’on rame avec les autres, puisque ça déconcentrerait tout-le-monde; impossible de l’envoyer faire un jeu de piste au CDI qui sera déjà occupé et puis de toute façon c’est interdit) qu’il est très difficile de régler une fois pour toutes!!!
Bonjour,
Je viens pour la première fois sur ce blog et j’avoue être très content de trouver votre témoignage ! Chrodegang, si tous les enseignants faisaient comme vous ce serait le rêve pour nos enfants ! La méthode des petites coches sur un papier, c’est tellement juste, tellement bien vu, mille bravos !
bravo pour ce blog..!
pour ma fille également l’espoir s’est éteint…le jour de sa première rentrée à 3 ans…
Un peu d’appréhension, alors même si nous l’avions préparée, la veille je lui dis :
- « tu sais l’école c’est sympa tu vas découvrir et apprendre des choses fabuleuses, la maitresse sait beaucoup de choses, d’ailleurs à chaque fois que tu voudras lui poser une question elle sauras sans doute te répondre ! par exemple demain que voudras tu lui demander ? »
- « ou le soleil se cache tous les soirs ? »
- « ah… et bien c’est une bonne question ! »
le lendemain matin 11H30 les yeux rouges « elle m’a répondu que le soleil se reposait parce qu’il était fatigué…. tu sais je crois bien qu’elle ne sait pas… »
aujourd’hui 7 ans dans une école montessori ..! tout va bien… enfin attendant le collège !