Désinvestissement, sens de l’effort
Pour de nombreux enseignants & directeurs d'établissements, un élève surdoué est nécessairement un élève brillant, qui réussit... que dis-je, qui excelle !
En un mot : un élève modèle. A la fois très investi sur le plan scolaire & tout ça, sans faire de vagues bien sûr
Durant tout le primaire, les pédagogues ne se posent pas de question: «Tant mieux s'il réussit facilement» disent-ils tout d'abord, heureux d'avoir dans leur classe un élève à l'esprit vif, qui comprend vite, retient bien et semble intéressé par l'enseignement.
Ils ne vont pas se priver d'un si bon élément faisant la joie de ses professeurs, on le garde donc le temps réglementaire, puisque tout est si facile pour lui, et d'ailleurs il n'a pas la maturité suffisante pour passer dans la classe supérieure.
Arielle ADDA, psychologue clinicienne
Soit dit en passant, c'est aussi là une bonne définition du surdoué de l'avis de certains psychologues ! C'est notamment le cas de Didier PLEUX, docteur en psychologie & chroniqueur télé, qui n'hésite pas à caricaturer ainsi régulièrement dans les médias le surdouement : un vrai surdoué excelle, les autres sont de faux surdoués, mal diagnostiqués & c'est ceux que l'on voit dans les cabinets psy
Le voici, le 14 mai 2009, face à Arielle ADDA, sur le plateau de l'émission "Allô Docteurs", présentée Marina CARRÈRE D'ENCAUSSE & Michel CYMES & diffusée sur France 5 :
Allô Docteurs - Arielle ADDA / Didier PLEUX
D. Pleux affirme par exemple au cours de cette émission, à 14:50 :
"Les vrais surdoués, eux, ne posent pas problème & ont de bons résultats scolaires"
Puis à 17:45, la présentatrice lance un reportage, réalisé au CHU de Rennes, dans l'Unité pour surdoués en difficultés (il s'agit du le 1er Centre National spécialisé dans ce domaine) crée par le Pr Sylvie TORDJMAN.
Il s'agit donc dans ce court reportage d'un petit garçon de 11 ans, Antoine, surdoué (diagnostiqué à l'âge de 6 ans, QI 137, nous apprend le reportage), qui est malheureusement violent avec les autres enfants & présente des troubles relationnels. Accompagné de sa maman, il va consulter cette célèbre pédopsychiatre pour se faire aider.
Ecoutez attentivement, à 22.30, D. Pleux repart dès qu'il en a l'occasion dans sa croisade contre ce qu'il nomme "l'inflation des petits génies". Il n'hésite pas à dire de ce jeune garçon vu dans le reportage - & dont il ne connait rien, ce qui ne l'empêche pourtant pas de le qualifier de "caractériel" - que le diagnostic a été mal fait !
Sous-entendant que les tests qu'il avait subi à 6 ans étaient du flan :
- "Je suis sûr que si on faisait une évaluation plus sérieuse, on verrait que cet enfant-là a du mal simplement. A prendre des rythmes, à apprendre, & n'a pas envie de se mettre dans le moule. Alors on va dire «C'est parce qu'il est surdoué qu'il ne veut pas être dans le moule». Non je pense que...
M. Carrère d'Encausse l'interromp en hochant la tête :
- "C'est pas si simple que ça !"
- "Voilà..."
A. Adda intervient, puis M. Carrère d'Encausse précise (à 23:15) en bafouillant :
"Juste... apparemment, ce petit garçon a subi... a eu des examens très poussés, complets, effectivement dans le sens où vous en parliez au début (en s'adressant à D. Pleux) & il semble que ce diagnostic ait été porté une nouvelle fois. Donc euh... à priori il serait bien un enfant... surdoué"
Silence de D. Pleux... on passe à autre chose dans l'émission ![]()
Notez bien le ton de madame Carrère d'Encausse, & l'emploi du conditionnel, le bafouillement, le choix des mots ("apparemment", "il semble que", "à priori il serait"). Des fois que les tests plus approfondis soient eux aussi suspects...
Il ne viendrait pas à l'idée de mettre en doute un diagnostic de déficience intellectuelle ; par contre dans le sens opposé, même un diagnostic émis par un pédopsychiatre spécialiste dans le domaine du surdon & reconnu comme tel est discuté, donné avec des pincettes & au conditionnel s'il vous plait... sait-on jamais !
Il est déplorable qu'en 2010, des médecins & des psychologues puissent encore nier à ce point la surefficience mentale & avoir de telles idées reçues à ce sujet.
Chacun est libre de ses idées, n'est-ce pas. Inutile de préciser que je partage nettement plus celles d'Arielle Adda que celles de Didier Pleux ou des 2 médecins/présentateurs qui ne font pas preuve de grande rigueur & neutralité dans leur façon d'aborder ce sujet.
Difficile d'ignorer leur scepticisme face à la question du surdouement au vu de cette émission !
Bien. Revenons à l'aspect scolaire, à la vie du petit zèbre en classe ; où il passe tout de même un minimum de 6 heures / jour.
Il est alors aisé de mesurer à quel point, lorsque la vie scolaire est mal vécue, cela peut avoir de lourdes conséquences sur la vie & l'attitude générale de l'enfant. Mal vivre l'école peut vite devenir source de grande souffrance pour un zébrillon
Pour s'investir, il faut être très intéressé par ce qu'il se fait en classe. Il faut que l'attention soit captée, que l'esprit se prenne au jeu du travail intellectuel demandé pour pouvoir aller au delà des balises placées par le professeur & s'approprier le sujet.
Montrer un plein investissement demande un grand enthousiasme. Or pour que cette exaltation soit présente, il est indispensable que l'enfant soit suffisamment stimulé.
Comment peut-on attendre d'un enfant qu'il soit transcendé par la comptine des jours de la semaine, alors qu'il est passionné par l'espace ou les différents types d'énergie
Comment peut-on espérer qu'il montre un enthousiasme débordant pour 4 jours entiers passés à regarder la lettre "o", alors qu'il sait lire de manière fluide
La question d'un saut de classe ne se pose même pas lorsque l'enfant semble souvent ailleurs, qu'il suit la leçon d'une oreille distraite et ne manifeste sa vivacité d'esprit que par quelques rares éclats, vite éteints.
Il «peut mieux faire» c'est certain, mais il n'est pas vraiment présent, il s'en tient à d'honnêtes résultats, obtenus sans doute sans grand effort ; il est superflu de se pencher particulièrement sur le cas d'un élève calme et peut-être même un peu endormi.
Arielle ADDA
Le problème est souvent pris à l'envers par ces enseignants, faute de bonne compréhension de ce qu'est le surdouement. Ils pensent que si cet élève, qu'on leur présente comme surdoué, est fainéant, il n'est donc pas capable (ni mûr !) de sauter une classe.
Il est en effet plus facile de pointer la fainéantise présumée de l'élève (qui plus est quand il est doté de grandes capacités intellectuelles) que de remettre en question ses propres méthodes de travail & d'admettre que la nourriture n'est pas assez complète pour cette petite personne là (même si elle convient cependant très bien à la majorité des enfants).
Si on inverse cette pensée, on obtient à mon sens quelque chose de plus proche de la réalité, à savoir : l'élève n'est pas feignant, mais seulement sous-stimulé intellectuellement. Sous-nourri, il ne parvient pas (plus !?) à donner le change.
On voudrait de lui qu'il fasse semblant de se passionner pour ce qui l'ennuie profondément, & il n'y arrive pas ![]()
Son esprit a besoin de travailler, de réfléchir, & il se meurt dans des tâches & des exercices qu'il a intégré depuis belle lurette. Il ressent ce vide & ne parvient pas à se forcer pour manifester un quelconque intérêt. La frustration est trop grande.
En primaire, un seul effort : supporter l'ennui.
Arielle ADDA
C'est ce que l'on appelle un cercle vicieux : pour s'investir, il faut être stimulé. Sans cette stimulation, pas d'investissement. Sans cet investissement, pas de saut de classe. Sans ce saut de classe, pas de stimuli intellectuels
Attention entendons-nous bien, l'objectif n'est pas de faire sauter une classe à tout enfant qui ne s'investit pas dans la vie scolaire, mais bien de rechercher la cause de ce désintérêt dans le cas d'enfants présentant un potentiel intellectuel très supérieur à la moyenne & donc, étant tout à fait capable de briller, mais qui se freine pour une raison donnée.
Je pense qu'il ne faut pas perdre de vue les spécificités des enfants doués & cesser de les ramener aux enfants classiques. Leur manière de ressentir les choses est différente, leur logique l'est aussi & on ne peut donc pas regarder d'un même œil une situation qui semblerait à 1ère vue identique, sur un enfant doué, & sur un enfant dans la norme !
Son désintérêt pour l'école peut aboutir à une véritable inhibition intellectuelle. Par ailleurs, comme la solution lui apparaît de façon intuitive, il ne sait pas reconnaître le processus qui aboutit à la solution. Il n'acquiert ni sens de l'effort, ni méthode de travail ce qui, à terme, le conduit à l'échec.
Jean-Charles TERRASSIER, psychologue clinicien
Le risque, est que ces petits zèbres n'aient pas le goût de l'effort & qu'ils se heurtent plus tard, dans leurs années de collège (la plupart du temps, mais ce peut être au cours du lycée ou même en prépa !) à de grandes difficultés car ils n'auront jamais appris à travailler, à fournir le moindre effort scolaire.
Quelle que soit la façon dont les enfants doués traversent le primaire, leur seul effort s'est réduit à se forcer pour exécuter une corvée accablante d'ennui.
Parfois, leurs parents, épuisés d'avoir à traîner ce poids mort, sont sans cesse obligés de vérifier les devoirs, les leçons, le carnet de notes, la date des contrôles. S'ils relâchent leur vigilance, juste pour voir ce qui va arriver, c'est aussitôt la catastrophe. L'élève, qui écoutait distraitement la maîtresse en pensant qu'on allait lui expliquer tout ça à la maison d'une façon plus vivante et plus attrayante, se sent littéralement perdu et il s'effondre jusqu'à ce qu'on le récupère, puisqu'il ne semble pas y avoir d'autres solutions.En revanche, ceux qui savent se maintenir dans les premiers de classe font la joie et même parfois, de façon discrète et peu ostentatoire, l'orgueil de leurs parents : ces enfants n'ont même pas besoin de travailler plus de quelques minutes pour obtenir de brillants résultats.
Qu'il s'agisse de ceux que l'on doit traîner durant d'interminables heures ou de ceux qui se contentent de jeter un coup d'œil sur leur leçon pour la savoir par cœur, aucun d'eux n'a la moindre notion de l'effort, c'est-à-dire de faire quelque chose de difficile, qui oblige à puiser en soi une force inhabituelle pour atteindre un résultat dont on ne se serait pas cru capable.
[...]
Il se construit donc de lui-même une image à partir de ce qu'on lui renvoie : un enfant différent des autres en ce sens qu'il ne doit pas forcer son talent en classe, ce serait non seulement inutile, mais presque déconseillé puisqu'en approfondissant sa réflexion il se démarquerait beaucoup trop de ses camarades avec les effets secondaires désastreux que cela entraînerait.
Dans son esprit, il ne s'agit pas particulièrement d'une supériorité, c'est sa nature, il a une bonne mémoire, il est bon en mathématiques, il a de bonnes idées en rédaction, mais un graphisme souvent catastrophique, il ne dessine pas très bien, il a aussi ses faiblesses, comme les autres enfants. Ses parents sont plutôt contents, parfois même un peu fiers : il a de bonnes notes sans vraiment travailler. Ils le disent bien un peu «paresseux», pour ne pas sembler trop vantards, mais ils ne vont pas se plaindre de cette facilité qui les dispense de l'inquiétude rongeant ceux dont les enfants peinent pour apprendre à lire, doivent redoubler le CP, amorcent un parcours scolaire déjà désastreux.
Arielle ADDA
Comment faire pour qu'un enfant doué & sous-alimenté scolairement ressente ce besoin, ce goût de l'effort ??? ![]()
Quand tout ce qu'il fait dans sa classe est acquis depuis longtemps. Quand il passe ses journées à attendre que les autres comprennent ce que le maître a rabâché 10 fois depuis le début de l'année qu'il a saisi immédiatement. Quand il réussit sans fournir la moindre effort intellectuel, sans jamais avoir à actionner sa machine à penser qui ne tourne plus qu'en sous-régime depuis des mois, voire des années !?



Merci..
Oui, comment??? Parce que dès qu’il s’agit de fournir un « effort » nous avons droit à un « c’est trop difficile »…
Alors comment faire naître en lui cette petite étincelle pour des choses qui a priori, aux yeux des autres, ne demandent justement aucun effort???? Nous nageons parfois en pleine contradiction…
Allez, j’en remets une couche…MERCI.
Ho la la !
Je perds du temps avec mes petits !!!!!
Il faut absolument que je les fasse tester !
Mon grand est suivi pour TDAH + dyspraxie … mais je sens qu’il y a autre chose … quelque chose de différent, qui ne correspond pas.
Mon second, a 5 ans. Il a compris le sens de la multiplication tout seul, par ex. Il fait des tentatives de lecture – il a parfaitement compris le principe alphabétique tout seul -, mais s’arrête en disant « c’est en CP que je dois apprendre »; Ca m’horrifie !
Et si je poste ici, ce n’est pas pour rien …
La piste que j’ai trouvé … me faire moi même tester > c’est le seul moyen pour avancer (et bien oui, mon mari dit que je fais n’importe quoi, que je suis une angoissée chronique, que TOUT VA BIEN … c’est le père, je ne peux pas passer en force en permanence ). Donc, avant de faire « subir » des tests à mes enfants (ce sont les termes qui me sont jetés en pleine figure pour laisser mes enfants, que je ressens incompris et pas vraiment à leur place, dans la « norme »), je vais y aller moi même … j’espère simplement que tout ce que je ressens, toute mon histoire marquée de souffrance et d’incompréhension, toutes mes blessures que je traine depuis tant d’années, le besoin des autres de me remettre dans le cadre en permanence, le rejet que je suscite – enfant mais aussi adulte – va ENFIN trouver une explication (je suis de celles qui pensent que tout s’explique).
Merci pour votre blog, qui est un véritable coup de coeur pour moi.
gwen.
AYE ! On y est !!!!!
… et dont j’avais peut-être une clé, étant moi même souvent … pas bien
).
. Que mes tests étaient bons (mais là, j’ai rectifié … il n’y a pas de bons tests ni de mauvais il me semble ). Qu’elle voulait me voir dès que j’aurai eu la restitution pour tout poser à plat, et m’expliquer. Qu’elle pense que mon grand a la même chose (en sus du TDA), mais le second aussi … et la troisième, alors … un sacré personnage avec une sacrée répartie … Chaque chose en son temps. Ca fait si longtemps que je cherche des explications cohérentes ! Je crois qu’on y est là. On va savoir pourquoi anxiété, mauvaise estime de soi, réactions excessives des enseignants, difficultés graphiques, … sont le lot de mon premier, et un désinvestissement scolaire pour mon second … (la troisième prenant exactement le même chemin que le premier, mais de manière plus discrète).
J’ai vu la pédo-psy de mon fils, qui a vu mes tests (c’était entendu comme ça avec la neuro psy, puisque je faisais ça essentiellement parce que j’avais le sentiment qu’on passait à côté de quelque chose d’important
Elle m’a juste dit que mes résultats apportaient un éclairage nouveau
En cas de doute, il faut passer les tests. Je n’ai pas encore les résultats, donc je ne sais pas si je suis comme vous ou pas, mais ce que je sais, c’est que je vais avoir des explications sur toutes ces difficultés et ça me soulage grandement
.
mes enfants vont enfin avoir une aide adaptée !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Merci pour votre blog.
Ma scolarité est un parcours sans effort avec de très bons résultats scolaires (dans les premiers de la classe) et un plongeon spectaculaire au lycée : je ne savais pas travailler , je n’avais jamais appris. Parcours identique pour mon frère jusqu’à ce qu’il intégre une école technique d’aéronautique après son redoublement de la seconde : 3 ans major de promotion. J’ai finalement bien réussi après m’être mise à travailler mais avec plus de difficulté que mes camarades de lycée ou de fac.
Mon fils de 5 ans a été détecté avec un QI de 140. Il est lecteur depuis ses 3 ans et demi, il a appris à lire seul. Il n’avait pas 3 ans qu’il ouvrait la session d’ordinateur de sa soeur avec son mot de passe qu’il avait appris en l’observant. En classe de moyenne section il s’ennuit et on me propose de le maintenir en maternelle un an pour le faire entrer au CE1 après. C’est vrai qu’au CP il s’ennuira, il lit mieux que sa soeur de 8 ans. Je ne veux pas qu’il ait les mêmes difficultés scolaires que moi, le même ennui (je passais mon temps à rêver en classe). Mais existe-t-il des structures qui peuvent aider ces enfants sans en faire des bourreaux de travail (comme dans certaines écoles du privé que l’on m’indique)?
J’espère qu’un responsable de l’éducation nationale lira votre blog et prendra conscience de la nécessité de créer des écoles ou classes spécifiques dans chaque département afin d’apporter une solution à ‘appétit de nos enfants.
Merci encore pour ce post sur votre blog qui illustre bien l’incompréhension et l’incrédulité de certaines « élites ».
Aude
Merci