Une histoire de zèbre, lui aussi en 6ème avec 2 ans d’avance (partie 1/2)

Une histoire de zèbre, lui aussi en 6ème avec 2 ans d'avanceIl y a quelques jours, j'ai reçu un e-mail, écrit par le père d'un jeune zèbre du même âge que le mien, lui aussi entré en 6ème cette année après 2 sauts de classe :dots:

 

Ce papa m'écrivait pour me raconter leurs déboires dans un collège accueillant pourtant spécifiquement des EIP, & j'ai accepté de partager ce témoignage, afin qu'il ait une plus large portée :oops:

 

Le voici donc : "Zèbre 2 exclu (avec sursis) du collège spécialisé EIP !"

 

Nous l'appellerons Z2. Je suis son papa.
Z2 vient de faire l'objet d'une exclusion (avec sursis) dans un collège de l’Éducation Nationale, ayant la particularité d'avoir mis en place un dispositif spécifique d’accueil pour les EIP, le seul de la région, l'un des rares en France !

 

Z2 a le même âge que le Zèbre dont vous avez, ici, l'habitude d'entendre parler : neuf ans et demi. Comme lui, il est en sixième avec deux ans d'avance.
Mais la ressemblance s'arrête là. Heureusement nous sommes tous différents. Z2 est plutôt du genre extraverti ; il va vers les autres, souvent à son détriment. Car Z2 a, comme tous les zèbres, d'énormes problèmes relationnels. Il est sans cesse en quête de reconnaissance et pour cela est prêt à transgresser. Et il le fait, la plupart du temps, au vu et au su de tous...Son hypersensibilité lui pose énormément de problèmes, la moindre moquerie, la moindre critique et voilà que le ciel lui tombe sur la tête.
Comme beaucoup de zèbres, il est aussi « tête à claque ». Je veux dire par là qu'aussi loin que l'on remonte, à l'école, il a toujours trouvé quelques camarades pour lui taper dessus...

 

Comme l'école n'est pas son espace de confort favori, c'est un euphémisme, Z2 a des tics, des tocs, il ne peut pas rester en place sur sa chaise, il est angoissé, etc., etc., au point d'avoir l'air parfois d'un débile mental . Tout un tas de choses qui curieusement rentrent dans l'ordre lors des grandes vacances.

 

Comme dirait l'un de ses professeurs : « il est bizarre quand même ! ,» quand il l'a vu seul, l'air absent, sous la pluie, au milieu de la cour de récréation. Oui il est bizarre ! BiZarre comme Zèbre ! Il a des préoccupations bizarres comme : les trous de ver, les trous noirs ou la matière de la même couleur, nous dit-on. Il vient de lire les Fourmis de B. Werber, pas vraiment de son âge et en ce moment dévore « le Monde de Sophie », roman philosophique de Jostein Gaarde, fort critiqué, mais que je recommande pour les zèbres. Même s'il n'y comprend peut-être pas tout, on s'imagine bien qu'en rapport, les programmes OFFICIELS de la sixième ne soient pas sa tasse de thé. Imaginez un peu : Platon au menu alors que la pédagogie est au fond de la caverne !

 

Il n'aime pas l'école et finalement elle le lui rend bien... à moins que ce ne soit l'inverse... Oui à la réflexion...

 

Mais bien des enseignants hautement qualifiés vous le diront : « avec ces parents stupides et prétentieux qui bourrent le crâne de leurs enfants pour en faire des singes savants... ». Non ne réagissez pas à cette phrase si vous vous y reconnaissez, ayez pitié du serveur.

 

Donc, après un parcours du combattant à l'école primaire, j'ai employé l'expression « avoir gagné au loto » lorsque j'ai appris qu'un dispositif spécifique EIP serait mis en place, à la rentrée 2013, dans un collège public voisin.

 

Et voilà qu'après un trimestre d'expérience, Z2 fait l'objet d'une sanction d'exclusion.
Comme s'ils n'étaient pas assez exclus comme ça !
Et attendez la suite !

 

• parce que cette histoire finira probablement et malheureusement par la déscolarisation de Z2,
• parce qu'il est indispensable de témoigner de l'incommensurable incompréhension, de gens chargés de l'éducation de la République,
• parce que les bonnes intentions affichées ne sont, la plupart du temps, que le cache sexe d'une entreprise de normalisation d'enfants qui ne sont « normables » qu'au prix d'immenses risques pour la suite,
• parce que cette entreprise est la négation et le refus de la différence,
• parce qu'on pourrait y accoler, à juste titre, des qualificatifs qui font peur (on l'évitera),

 

ces quelques lignes qui suivent vous conteront donc par le menu les tribulations de Z2 dans un collège spécialisé EIP, autrement dit « fer de lance » du renouveau de l'éducation nationale...

 

 

La violence n'est pas un problème

 

Tout avait bien commencé. Une réunion pour les parents EIP, quelques jours après la rentrée, m'avait convaincu.
On en profita pour nous présenter l'enseignant dédié, coordonnateur.
J'ai souscrit aux propos tenus : pas de ghetto, les enfants tous ensemble, des dispositifs spécifiques, un enseignement différencié, le dialogue et la collaboration avec les parents, etc. Super! Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Et en un trimestre, j'ai changé radicalement d'avis.
Ils m'ont fait changer radicalement d'avis !

 

J'aurais pu me douter, mais je suis trop bon public.

 

En effet dès le premier jour, un petit garçon, malheureux lui aussi, a pris Z2 pour cible. Z2 disait « il me tabasse ». Mais en fait ce n'était pas vraiment ça, pas de coup, pas de trace : on tord le bras, on serre le cou, on écrase les pieds avec les talons, etc. La démesure de l'expression de Z2 ne trouve sa justification que dans son ressenti.

 

A la fin de la réunion, mon épouse s'est rapprochée discrètement de la table pour signaler le fait. « Mais il ne se défend pas ? » répliqua l'interlocuteur.
Ah bon !
Mais il allait s'en occuper.

 

Plus tard comme cela continuait nous l'avons signalé au coordonnateur qui a reçu les enfants une fois.
Et puis nous avons recommandé à Z2, malgré ma répulsion de la délation, de ne pas répliquer mais de signaler systématiquement. Mais Z2 a fini par ne plus rien signaler car cela ne servait à rien, rien n'était fait.
Alors j'ai eu le tort de dire à Z2 de se défendre. Et il l'a fait, même si avec deux ans de moins on ne fait pas le poids.

 

Un soir j'ai attendu Z2 un quart d'heure après que ses camarades soient sortis. Puis je l'ai aperçu. Une surveillante lui hurlait dessus. En fait le petit garçon en question, interne, le pauvre, lui avait volé son cartable et Z2 tentait de le récupérer. Quand il a enfin réussi à le faire, il a lancé un « connard » accompagné d'un coup de poing. Bien sûr devant la surveillante...

 

Malgré des interventions répétées, ils ont laissé pourrir la situation jusqu'au moment où j'ai écrit :

 

« Chaque fois ou presque qu'il monte dans la voiture il se plaint d'avoir été tapé ou qu'on lui a tordu le bras, etc..

Les violences répétées sont répertoriées [...] comme faisant partie des formes de harcèlement à l'école.

Mais attendez la chute : Z2 harcelé est, selon moi, devenu harceleur (je sais : ce sont des mots trop lourds). On en arrive avec des mots d'enfants à : "je l'embête parce qu'il me tape et il me tape parce que je l'embête".

Une fois de plus, ne pas régler un problème en engendre d'autres. Et permettez-moi de penser que la solution n'est pas dans le règlement intérieur.
Est-ce que l'on va me prendre au sérieux? »

 

 

Il a fallu entrer en conflit pour qu'enfin, au mois de janvier, quelque chose soit fait. Tout est bien qui fini bien et il semblerait que les deux protagonistes, comme je l'avais souhaité, soient en passe de devenir copains.

 

Mais lorsqu'on signale au Principal qu'un troisième (5 ans de plus) a attrapé Z2 en hurlant, l'a secoué comme un prunier et l'a jeté par terre, gratuitement, juste pour faire rire les copains, la réponse est :

 

« Que voulez-vous on ne peut pas tout surveiller »

 

Je passe sur les conséquences psychologiques de la victime.

 

Et puis dernièrement, il y a celui, en 5ème, 3 ans de plus, qui a trouvé l'astuce de frapper Z2 en lui expliquant ensuite qu'il avait été insulté. La dernière fois que cela s'est produit, c'était au CDI. Z2 est revenu avec un bleu qui a duré huit jours. Z2 s'est plaint à la responsable ; le garçon ne s'est pas dégonflé et a justifié ses violences par de soi-disant insultes de Z2.
Alors Z2 a été sommé de s'excuser.

 

Et à son grand désespoir, … il l'a fait !

 

Bien sûr je l'ai signalé au Conseiller principal d'éducation (Surveillant général en anciens Francs). Mais pas de nouvelle...
Par conséquent, la prochaine fois, nous ferons établir un certificat médical et nous déposerons une plainte en bonne et due forme.

 

 

Le règlement intérieur

 

Comme ça, ils pourront appliquer le règlement intérieur. Celui au nom duquel Z2 a été exclu.
Car je n'en ai pas encore parlé, mais le règlement intérieur est évoqué à tout bout de champ.
En effet, il n'y a pas que la violence. Il suffit d'être présent dans la cour de récréation, par exemple entre midi et deux heures, pour voir des filles faire des doigts d'honneur aux garçons, entendre des propos orduriers voler à travers la cour, de ce côté là Z2 a fait beaucoup de progrès en vocabulaire... et aucun adulte pour rectifier ces incivilités : « on ne peut pas tout surveiller n'est-ce-pas »...
Et il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que, dans ce climat de jungle, le pire peut arriver.

 

Mais ce n'est pas grave car il y a le règlement intérieur. Le règlement intérieur c'est magique. Il permet de pallier à toutes les insuffisances, les incompétences, les négligences, etc.

 

Et puis il y a sa partie non écrite, connue des seuls initiés :
• art.1 : Pas vu pas pris
• art.2 : Il est interdit de se faire prendre
• art.3 : La raison du plus fort est toujours la meilleure

 

Et comme dirait Jean de La Fontaine : « nous l'allons montrer tout à l'heure ».

 

 

( :arrow: la suite au billet suivant... c'est à dire ICI)

 

 

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13 commentaires à “Une histoire de zèbre, lui aussi en 6ème avec 2 ans d’avance (partie 1/2)”

  1. fait -il froid dans mon salon ou bien sont-ce des frissons d’horreur et d’incompréhension?

  2. Sany Meï dit :

    c’est malheureusemnt classique des collèges d’aujourd’hui et pas que pour nos z mais pour tous..en pire pour es notres bien sur.parce que les notres « franchement ils sont bizarres aussi »….(de la part des éleves comme des profs.) :(

  3. sandrine dit :

    J’ai l’impression à plus petite échelle de lire l’histoire de mes enfants…

  4. calade dit :

    Je suis atterrée :(
    J’hésite entre pleurer, hurler et vomir…

  5. On dirait l histoire de Loulou..heureusement que le recul est la..sinon je m effondrerais…tous ces coups bas mais qui ne sont pas infliges que par les enfants par les profs aussi lors du travail scolaire..et cette acceptation des adultes responsables comme une autorisation qu il faut punir la difference..alors qu ils devraient tous etre differents vu le college eip ?

  6. Isa dit :

    Une amie m’a dit en plaisantant que le CNED finalement ca avait du bon…et bien finalement ce n’était peut être pas une si mauvaise idée!
    Peut être seraient ils moins sociabilisés mais je ne suis pas sur que ce soit de cela dont ils aient besoin dans ces conditions la :(

  7. MARIE dit :

    La confrontation psychopathes/surdoués à l’école est celle relatée ci dessus. Il y a ceux qui harcèlent et puis ceux qui regardent et laissent faire (enfants et adultes confondus). L’école est le royaume de l’intimidation. Surtout si tu es brillant.

    C’est bien de se renseigner sur la douance mais il faut aussi en tant que parent devenir un expert en psychopathie. Changer d’établissement si possible quand votre intuition vous dit que cela ne va pas s’arranger. Le manque d’empathie d’un chef d’établissement devant des situations de violence minimisées, niées, voire renversées en sont un indicateur très sérieux.

  8. Soizig dit :

    J’en envie de pleurer en lisant votre mail, je vois trop se profiler le quotidien de notre famille en lisant votre témoignage…
    mon zébrion n’a que quatre ans, un an d’avance, de grosses difficultés de sociabilisation et pas mal de tocs, et le problème du second saut de classe se pose déjà…
    Enseignante dans le secondaire, je ne sais que trop quels types de comportements malveillants peuvent avoir parfois certains profs ( bourrés de préjugés sur le haut potentiel pour leur majorité), trop souvent les ados…
    Nous sommes contrains de confier nos enfants à l’éducation nationale, qui elle est incapable de garantir leur bien-être et leur sécurité, c’est révoltant !!!
    Je comprends à présent les parents qui font le choix de l’école à la maison !

  9. Murielle dit :

    Surtout, ne pas hésiter à porter plainte si l’EN ne fait pas son boulot… Vous avez déjà beaucoup attendu…

  10. Zebra3 dit :

    Bigre, heureusement que ce collège s’est spécialisé sur les EIP, qu’est-ce que ce serait sinon…

  11. cataval dit :

    Je revis à travers ce témoignage la scolarité de mon grand : harcelé de la sixième à la fin de troisième avec 2 dépôts de plainte, Et malgré tout rien qui change. Il a subit dans le collège (luxation du pouce) mais surtout en EPS ou le prof n’en avait rien à faire et ne disait rien quand il se faisait tabasser dans les vestiaires ou qu’ils le mettaient sous la douche, en plein hiver, pour rire évidement. Mais il c’est retrouvé avec un nez cassé, un couteau sur le ventre mais comme c’était devant le collège les agresseurs n’ont jamais été punis… :-x . Il est sorti de l’enfer du collège et c’est épanouit en arrivant au lycée. Sa devise est devenu « tout ce qui ne te tue pas te rend plus fort »
    Sa petite sœur qui à presque 2 ans d’avances ( elle est du 28/12) va bientôt arriver au collège….Nous cherchons désespérément une solution pour qu’elle ne subisse pas les mêmes sévices. Mais je pense réellement que quelque soit « Le collège » cela reste un cp très périlleux pour nos Zébrons…

  12. zornotz dit :

    Concernant la plainte en bonne et due forme : petit retour d’une histoire personnelle (parce que en fait ça change pas grand chose) :

    l’histoire tel que vécu (donc subjectif) : un matin au collège , je passe par une ruelle ( chemin plus court) et 2 gus ( du collège aussi ) me bloque le passage ( pas large la ruelle … ) et je me prend une cigarette allumé a coté de l’œil ( bon y parait que c’était pas fait exprès mais bon , par contre me faire chier c’était express ça !! ) . Bref mes parents l’apprennent et du coup porte plainte ( raison invoqué: « sinon on va croire que c’est nous » … sont sympa hein !!! bref ) . Mais bon l but du commentaire est de partagé al réaction du collège ( cela s’est passe en dehors mais pas loin) :

    bon j vous laisse mariné un peu parce c’est affligeant ….

    ah oui petit précision une fille de la classe passait pas loin donc y a eu une témoin .

    Ben convocation chez l proviseur …. a mais pas les responsable hein moie t la témoin pour nous dire que quand même c’est pas bien de mentir (j’avais envie de dire :  » et ma brûlure a coté de l ‘oeil c’était du feutre ? c’était bien imité cela a convaincu un médecin  » bon évidement j’ai rien dit). Sinon la plainte n’a eu de suite (enfin ça aurai pu mais fallait faire un avance sur les frais de justice ou j sais pas quoi, faudrait que j retrouve la lettre) ..

    voila a quoi sert la plainte a se faire traité de menteur !! parce que même si c’était pas volontaire ( ce dont je doute) ça reste une brûlure de cigarette .



:) :-D 8) :oops: :( :-o LOL :-| :-x :-P :-? :roll: :smile: more »

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