Tronche de zèbre

Tronche de zèbreLe printemps est une saison importante en termes de sorties dans les maisons d'éditions... voici donc une nouvelle critique, d'une nouveauté chez Lattès : "Tronche de zèbre" :)

 

Il s'agit d'un témoignage signé d'un enfant, Vincent Thibodeau, aidé de sa maman Julie Leduc :up:

 

En 2014, Vincent avait déjà témoigné :

 

- au côté du psychologue Fabrice Bak, au micro de Flavie Flament sur RTL

 

- dans le portrait du magazine présenté par Harry Roselmack, sur de TF1, 7 à 8

 


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les détails de "Tronche de zèbre"

 

 

La présentation de l'éditeur :

 

« Quand ma mère a découvert que j'étais zèbre, elle a pleuré »... de joie peut-être et de crainte aussi car elle savait ce que représentait la vie d'un enfant à « haut potentiel intellectuel » (HPI).

Vincent est aujourd'hui un pré-adolescent, heureux, joyeux, plein d'humour et surtout épanoui.
Mais à l'âge de huit ans, il s'est senti inutile. Trop de pression, trop de mal être, trop de maltraitance à l'école, accompagné d'une perte lente, lourde et sourde de son estime de lui.
Il se sentait submergé.

Dans ce livre, il raconte avec ses mots, sa sensibilité exacerbée, son hyperémotivité, son parcours chaotique avant qu'il ne comprenne ce qui se passait en lui.

Mais avant tout, Vincent a écrit ce livre pour aider les enfants « comme lui », à surmonter les pièges et les embûches liés à cette particularité, celle de ces enfants qui réfléchissent autrement.

 

 

C'est un chemin de vie. Qui, comme tous les parcours, est unique & à prendre comme tel :)

 

Vincent a écrit ce bouquin alors qu'il avait entre 10 & 12 ans (il a aujourd'hui 12 ans).

 

Voilà un très joli témoignage, qui a l'avantage d'être écrit par un enfant HPI & donc, d'être très en lien avec un vécu on ne peut plus récent...

 

Mais (il y a un mais), il trouve aussi à mon sens ses limites par ce fait.

 

Tout comme je l'ai ressenti en lisant le témoignage de Maximilian Janisch, "Moi, un phénomène ? L'université à 10 ans : facile !" écrit au même âge, avec l'aide de son père (Thomas Drisch) ; j'ai quelque peu regretté ce manque de distance :-?

 


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les détails de "Moi, un phénomène ?"

 

 

Je trouve que pour un adulte, lire le récit en temps réel - ou presque - d'un enfant d'une 10aine d'années (quand bien même il s'agisse d'un enfant surdoué) n'a pas un si gros intérêt en soi, du fait de ce défaut de temps de réflexion que l'on perçoit dans l'écriture (que JE perçois en tous cas).

 

Dans "Tronche de zèbre", on reste un peu trop à mon goût dans le portait très premier degré ; autrement formulé, dans une description vraiment très quotidienne qui n'aurait pas été passée au tamis.
A la manière d'un enfant qui vous ferait visiter sa chambre en vous emmenant par la main, & qui ne ferait pas le distinguo entre des petits riens, relativement anecdotiques, & des choses plus fondamentales.

 

J'ai vraiment cette impression, strictement identique à celle que m'avait laissé la lecture de "Moi, un phénomène ?", d'immédiateté qui nuit un peu au témoignage. Comme s'il manquait un filtre pour révéler les points vraiment importants.

 

La prise de recul, nécessaire selon moi, que l'on peut retrouver sur le témoignage de Sébastien Bossi Croci, dans "Funambule. Mon parcours d'enfant à haut potentiel" (me) manque ici encore :oops:

 


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les détails du témoignage "Funambule"

 

Et pour être tout à fait honnête, j'ai pour ma part été beaucoup plus touchée à l'époque par les mots de Vincent dans 7 à 8, que par ces pages.
Le journaliste avait eu, me semble-t-il, les bonnes questions & avait bien su orienter l'interview (même si à chaque fois que je regarde les images, je bondis à l'évocation d'un QI moyen de 90...) :round:

 

Je pense aussi que ce témoignage sera certainement vu d'une manière différente par des enfants & des ados (T)HPI. Ils se retrouveront possiblement dans les ressentis & les émotions de Vincent, sans être gênés comme je le suis par l'aspect "récit d'enfant" :up:

 

J'ai en revanche vraiment aimé la 20aine de pages signées de sa mère, Julie Leduc :smile:

 

Je crois que, personnellement, j'aurais choisi de faire l'inverse : c'est à dire laisser une petite part du témoignage à l'enfant, mais axer le récit principal sur les éléments rapportés par le parent.

 

Ceci dit, Vincent évoque son évolution dans l'aventure d'écriture de ce témoignage, dans son épilogue. Il le fait avec beaucoup de justesse, & je comprends très bien que ce livre représentait pour lui un challenge. Il n'était pas celui de sa mère ;)

 

Mais cela ne modifie pas mon ressenti.

 

D'autre part, je tiens à souligner mon désaccord avec un passage en particulier, car il risque de surprendre certains lecteurs, voire d'alimenter une réelle confusion qui existe depuis que ce terme est apparu au début des années 2000.

 

A propos du mot zèbre, inventé par la psychologue Jeanne Siaud-Facchin pour remplacer le trop connoté "surdoué" :

 

J'aime bien ce terme parce que les enfants zèbres ne sont pas surdoués, ils sont juste différents, ils réfléchissent autrement. Enfin, c'est ce que je ressens.

 

 

Le souci étant que, dans l'intention de Jeanne Siaud-Facchin, "zèbre" voulait seulement alléger un sentiment terriblement pesant, entraîné par des clichés solidement ancrés à "surdoué". Mais sans jamais définir ou désigner autre chose !
Un zèbre EST un surdoué. C'est la même chose, il n'est question que de stricts synonymes, pour dédramatiser une compréhension bloquée car bien trop teintée d'idées reçues lorsqu'on parlait d'enfants surdoués.

 

L'idée de la psychologue consistait à parler de zèbres pour supprimer ces préjugés & l'agressivité qui les suivaient, traînant comme autant de boulets les notions (absurdes) de supériorité & de prétention.

 

Or, certains ont vu là une nouvelle entité qui serait à part du surdoué connu sous ce nom. Mais ce n'est pas ainsi que Jeanne Siaud-Facchin l'a voulu, & elle l'a d'ailleurs réaffirmé très clairement à l'occasion de la réédition de son ouvrage, en 2012 : "L'Enfant surdoué. L'aider à grandir, l'aider à réussir" :up:

 


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les détails de "L'enfant surdoué"

 

 

Pour revenir à "Tronche de zèbre", c'est donc un sentiment plutôt mitigé qui m'habite après sa lecture :!:

 

Vincent a cependant fourni un vrai travail de témoignage sincère, & je pense que pour lui c'est de toutes façons une belle réalisation :-D

 

Elle restera sans doute parlante pour les jeunes surdoués, leur permettant de toucher du doigt qu'ils ne sont pas seuls à vivre & ressentir ces choses-là (en particulier peut-être, ceux scolarisés à la maison).

 

Je vais volontiers le proposer à lire au zébrillon, qui a exactement l'âge de Vincent, mais un vécu & une personnalité vraiment très différents :roll:

 

Je ne suis en revanche pas convaincue que le livre soit forcément éclairant pour des adultes néophytes (encore moins pour des connaisseurs). D'autres livres, bien plus travaillés, étant déjà à disposition dans les parutions françaises.

 

 

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2 commentaires à “Tronche de zèbre”

  1. Excellent article !
    Et un livre qui a déjà le mérite d’exister et de laisser la parole à un enfant : c’est bien ça (je suis beaucoup mitigée sur la couverture, ce genre de montage me glace, ça a un côté cauchemardesque o.O ^-^)
    Tu as bien raison de souligner l’éternel problème de la dénomination, en France du moins, des personnes surdouées : il est malséant de dire qu’on est plus intelligent, alors on s’abrite devant des termes flous, des initiales…
    L’éducation nationale a même retenu l’absurde « précoce », comme animé d’une pudeur virginale à pointer du doigt les élèves aux cerveaux les plus rapides, tout en maintenant par ailleurs une notation hystérique au 1/2 point près ! Superbe paradoxe.
    (Enfin ça s’est amélioré, je me rappelle de mon CE2, où les premiers de la classe étaient au premier rang et les cancres au dernier… quelle riche idée ! :roll: )
    Je suis toujours surprise, quand je lis un roman « young adult » qui se passe aux Etats-Unis, de voir l’auteur et les personnages faire très naturellement allusion aux cours pour surdoués du lycée (high school), ie des classes par matières qui accueillent les plus brillants en maths ou en français ou en langue, etc. Un peu comme un système d’option, qui évolue très naturellement. On sait que Machin est une grosse tête en maths et / ou en français et personne ne le regarde de travers pour ça !
    Plus tard parle aussi beaucoup des notes obtenues pour le SAT, un examen passé avant l’entrée à l’Université, qui vise à cibler le niveau général.

    Si certaines personnes sont intéressées, pour des ados et au-delà, je vous conseille tous les romans de John Green et de Rainbow Rowell, qui sont supers ET qui mettent en scène des enfants surdoués de toutes eaux, sans complexe aucun et sans en faire forcément des tonnes !

    Voilà, c’était juste un petit mot en passant… :smile:

  2. Pascale44 dit :

    Merci pour ce retour très intéressant. Un livre qui peut donc plutôt aider un enfant à se sentir moins seul de part ce livre/témoignage :) plus qu’une aide aux parents.



:) :-D 8) :oops: :( :-o LOL :-| :-x :-P :-? :roll: :smile: more »

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