Définitions

Extrait de l'ouvrage "Enfants surdoués : arrêtons le gâchis !" de Carole RENUCCI (aux éditions Bayard) :

 

Mes deux enfants sont surdoués. C'est ainsi que notre société les qualifie. Pourtant, à ce jour, ils n'ont rien inventé de très spectaculaire. Ils n'ont pas composé de sonate, pas élaboré de théorème, pas imaginé une nouvelle forme de communication... Non, rien de tout cela. Ils ne passeront pas non plus leur bac à douze ans et demi et, du coup, ils ne feront pas le 20 heures courant juin au moment des résultats.
Et c'est tant mieux ! Pourquoi ? Parce que l'image que distille notre société de ces enfants dits, selon les différents spécialistes, surdoués, doués, précoces ou à haut potentiel est souvent bien éloignée de la réalité.

 

Quelqu'un qui est surdoué (qu'il soit enfant ou adulte) présente :

 

- un QI total (Quotient Intellectuel global) supérieur ou égal à 125/130 sur une échelle d’efficience intellectuelle reconnue & validée (soit 2 écart-types au dessus de la moyenne).
Le seuil de 130 est celui le plus communément retenu, mais certains psychologues, comme Arielle Adda ou Jean-Charles Terrassier, & certaines associations commencent à parler de surdouement à partir de 125

- des particularités sur le plan intellectuel & affectif

 

 

Le chiffre du QI est un précieux indice, mais il ne fait pas tout.
Plus que ce fameux chiffre, qui est l'aboutissement du test en lui-même, c'est le cheminement qui importe. Le détail de chaque subtest, les réponses données, le comportement face aux différents items proposés.
Deux personnes présentant un même chiffre global auront forcément des profils bien différents, & c'est cela qui intéresse le psychologue.

 

Tout comme il est important de ne pas commettre l’erreur de confondre réussite scolaire & intelligence supérieure. Il y a des enfants "à performances scolaires"  (ceux que Jeanne Siaud-Facchin appelle les "brillants bosseurs" !), parfaitement adaptés à notre système scolaire mais sans être pour autant surdoués.
Ces derniers, de par leur nature & leur mode de réflexion qui diffèrent, ont paradoxalement parfois bien du mal à suivre le système imposé.
Ainsi une réussite scolaire éclatante n'est pas nécessairement le fruit du surdouement (comme l'imaginaire collectif le croit volontiers), mais précisément, le fruit d'un travail intensif de la part de ces "brillants bosseurs" ayant d'excellentes facultés intellectuelles... mais restant dans la moyenne).
Cet amalgame est également très fréquent concernant les adultes : parmi les adultes brillants, on compte des surdoués...  mais aussi bien d’autres gens qui ne le sont pas. Les adultes doués n'ont pas tous une réussite professionnelle remarquable !

 

Etre surdoué, c'est penser dans un système différent, c'est disposer d'une forme d'intelligence particulière. C'est aussi grandir avec une hypersensibilité, une affectivité envahissante, qui marquent la personnalité.
Jeanne SIAUD-FACCHIN, "L'Enfant Surdoué. L'aider à grandir, l'aider à réussir"

 

Par contre, une personne douée est aussi, toujours, une personnalité hors norme (qui peut se cacher, pour se normaliser aux yeux des autres).
Dotée d'une pensée en arborescence (& non séquentielle), d'une hypersensibilité & d'une intuitivité qui peuvent très vite devenir génantes, voire réellement handicapantes au quotidien. Un sentiment d'être différent, d'être décalé par rapport aux autres. Une manière de penser qui diffère de la moyenne des gens & qui isole bien souvent car il ne fait pas bon être différent.
Les gens (adultes ou enfants) surefficients (c'est à dire "surdoués", au sens littéral du terme) solliciteraient beaucoup plus leur cerveau droit que la moyenne de la population.
De la même manière, ils possèdent un mécanisme intellectuel totalement différent des autres, ils pensent & ils ressentent les choses de manière singulière, pas nécessairement de manière plus rapide.

 

La valeur statistique moyenne du QI est établie à 100 (même si la moyenne française se situe à 98 !), avec un écart-type fixé à 15 sur l'échelle de Weschler. Lorsque l'on représente la distribution du QI dans la population, on obtient une courbe de Gauss :

 

courbe2

 

Il est constaté que 68 % de la population a un QI compris entre 85 et 115 (1 écart-type de la moyenne), ce qui correspond à un niveau de développement "normal". 2% seulement de la population présente un QI supérieur ou égal à 130, dénotant un haut potentiel intellectuel (les limites mesurables du QI sur l'échelle de Weschler étant 40 & 160).

 

A savoir qu'un test d'efficience intellectuelle n'est pas une mesure de l'intelligence, puisqu'elle est par essence un objet aux contours indéfinis, donc impossible à "mesurer". Il évalue l'efficacité du fonctionnement intellectuel d'un individu par rapport à la moyenne de son âge & de sa catégorie, ce qui n'est pas la même chose.
Un QI est donc un score relatif qui indique une position dans un groupe d'âge identique. Il est l'expression de l'intelligence. 

 

- 0,13% de la population présente un QI total inférieur à 55

- 2% de la population présente un QI total inférieur à 70

- 95% de la population présente un QI total compris entre 70 & 130

- 2% de la population présente un QI total supérieur à 130

- 0,13% de la population présente un QI total supérieur à 145 (soit un peu plus d'1 personne sur 1000. Ce taux tombe alors à 0,025 % pour un score à partir de 150, soit seulement un peu plus d'1 personne sur 5000 !)

 

:arrow: en réalité, la courbe de répartition n'est pas parfaitement symétrique : il y a plus de déficients profonds que de surdoués (à cause des divers accidents possibles). En conséquence, moins d'une personne sur 2 a un QI supérieur ou égal à 100.

 

 

Les gens dotés de surdouement ont une intelligence qui diffère de la moyenne de la population sur le plan qualitatif. Selon J. Siaud-Facchin, au delà de 130 sur l'échelle de Weschler, le système de pensée bascule sur un autre mode (pensée en arborescence, au lieu d'être séquentielle comme pour la majorité des individus, traitement des informations plus rapides, etc.).

 

Il y a cependant une énorme différence entre un QI de 125 (considéré comme le seuil du surdouement en France) & un QI de 150 !

 

Seul un bilan psychométrique complet, réalisé & analysé par un psychologue spécialisé dans ce domaine, pourra permettre de poser un diagnostic de surdouement.
L'intuition, le sentiment de se reconnaître dans des lectures, les avis des uns ou des autres, ou encore les tests-jeux trouvés en ligne sur Internet, dans des magazines ne permettent pas de déterminer qui est surdoué, ou qui ne l'est pas.

 

Voici un morceau d'interview de la psychologue lors de l'émission "Ça se discute" diffusée sur France 2 en 2002 :

 

Avoir un QI élevé, c'est, d'abord et surtout, pas tellement être quantitativement plus intelligent que les autres, mais surtout, je crois, avoir un fonctionnement qualitativement très différent au niveau intellectuel. C'est à dire avoir une forme d'intelligence différente, un système de pensée qui est très différent, qui décale beaucoup par rapport à l'école & qui explique d'ailleurs les difficultés scolaires que rencontrent beaucoup de ces enfants à l'école. Mais c'est aussi et surtout une hypersensibilité, une hyperaffectivité & une fragilité extrêmement envahissantes qui marquent considérablement la personnalité.

 

 

Elle écrit par ailleurs dans son ouvrage "L'enfant Surdoué" :

 

C'est la différence qui est significative chez l'enfant surdoué & non pas la supériorité intellectuelle."

 

 

Rappelons que le bilan psychométrique est une sorte de photographie, à un instant T, des capacités intellectuelles & du fonctionnement psychique de l’enfant ou de l'adulte qui passe le bilan.

 

A partir de l'âge de 6 ou 7 ans, le QI est stable sur une vie entière.
Les tests de Weschler sont étalonnés régulièrement & le QI que l'on obtient avec cette échelle n'est plus un QI de développement, mais un QI standard. Ainsi le résultat n'est pas croissant avec l'âge & il est par conséquent absurde d'affirmer  (comme c'est parfois le cas sur certains forums  internet) : "Mon enfant a seulement 10 ans & déjà 110 de QI". Le résultat obtenu sera sensiblement le même lorsque l'enfant grandira car c'est un chiffre standard. C'est à dire qu'il ne donne aucune indication sur le retard ou l'avance, seulement le classement de l'individu testé, par rapport à ses pairs de même âge chronologique. Ce chiffre ne progressera pas telle une courbe de croissance.

C'est-à-dire que les résultats obtenus par un individu lambda seront aussi proches de ceux qu'il obtiendra 6 mois après, que de ceux qu'il obtiendra 40 ans après icon_up   (à la condition bien sûr de n'être pas atteint de pathologie neurologique dégénérative ou de ne pas avoir eu d'accident ayant endommagé les capacités cérébrales !).

 

Le QI peut cependant varier à la baisse dans certains cas. Notamment :

 

- sur un personne dépressive

- chez quelqu'un atteint de bipolarité (c'est le cas des maniaco-dépressifs) en phase maniaque à la passation des tests

 

Les résultats sont en effet susceptibles d’évoluer dans le temps selon le développement psychologique & affectif de la personne. Il ne s’agit donc pas de l’enfermer dans une définition qui tenterait de dire tout de lui ou de sa pathologie. C’est l'individu & sa souffrance qui sont au centre du travail du psychologue, & non la nécessité d’émettre un jugement à son propos.

 

 

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