Journal d’un jeune surdoué. Aide-moi à comprendre – Petit livre à l’usage des enfants et des parents

Voilà ma critique du 3ème livre de la psychologue scolaire Claire Grand : "Journal d'un jeune surdoué", paru mi-juin 2012 :-|

 

Le 1er (Toi qu'on dit surdoué, la précocité intellectuelle expliquée aux enfants) m'avait laissé fort divisée (cliquez pour lire ma critique en page Biblio).

 

Le deuxième, Toi qu'on dit autiste, le syndrome d'Asperger expliqué aux enfants m'a à l'inverse totalement emballée !!! :up:
Voyez l'article que je lui ai consacré il y a quelques jours...

 

 

Voici la présentation de l'éditeur du livre en question :

 

Sam a 8 ans et demi. Il est surdoué, mais ne le sait pas encore. La rencontre avec une psychologue va tout changer. Il va comprendre qu'il est différent, mais sûrement pas moins bien que les autres, ni même fou ou anormal. Il nous fait partager cette découverte dans le journal intime qu'il commence à écrire, quelques jours avant la rentrée dans une nouvelle école. Ce livre a été écrit pour tous ceux qui souhaitent mieux comprendre la précocité intellectuelle et surtout pour l'enfant surdoué. Il a pour but de lui expliquer en quoi il est différent. L'aider à vivre avec sa différence pour qu'il se réconcilie avec lui-même et les autres. Un livre à lire seul ou avec ses parents, pour échanger et mieux se comprendre.

Claire Grand est psychologue de l'Education nationale, diplômée de l'Université des Sciences de l'Homme et des Sociétés Pierre Mendès-France de Grenoble.

 

Je dois dire qu'encore une fois, j'éprouve un sentiment de frustration en refermant cet ouvrage :-?

 

Je suis même embêtée, parce que j'ai tellement aimé celui sur Asperger que j'espérais sincèrement que celui-ci soit de la même trempe. Ce qui n'est, à mon sens, pas le cas !

 

Mon reproche principal : la forme est désastreuse :down: Le livre est censé être le journal tenu par un enfant surdoué de 8 ans & ½ & il est écrit dans un style digne d'un enfant de 4 ans, & encore... Ce qui m'a heurté dès les 1ers mots :!:

 

C'est réellement quelque chose qui me pique les yeux ! En toute franchise (& sans prétention) il ne me semble pas qu'un petit zèbre puisse écrire aussi mal, dans la manière de construire ses phrases, dans la simplicité dramatique de son texte, dans l'éviction de toute forme de phrase négative, dans la si faible recherche de style un tant soit peu évolué.
Les enfants (T)HQI sont généralement d'excellents lecteurs. De plus ils ont "dans l'oreille" depuis leur plus jeune âge une construction réellement remarquable des phrases, le tout doublé d'un vocabulaire particulièrement étendu & étoffé. Ils maîtrisent très tôt la langue de leurs parents & ne passent justement pas par une phase "langage BB" comme le font les enfants dans la norme (pendant parfois longtemps d'ailleurs...).
Ce n'est donc pas à 8 ans qu'ils vont s'exprimer ainsi, quand bien même ce serait à l'écrit :hypno:

 

Extrait, premiers mots du livre :

 

Mardi 2 septembre
Je viens de déménager. Je connais personne ici. Tu es mon journal pour dire plein de choses. Ma grande soeur, elle a dit à sa copine qu'elle écrit tout dans un journal. Je l'ai entendue quand elle l'a dit. Alors, ça m'a donné l'idée de faire pareil. C'est une bonne idée d'écrire dans un journal, pour pas être tout seul et pouvoir dire tout à quelqu'un. Même si t'es pas un vrai quelqu'un, tant pis. Moi je m'appelle Sam et j'ai 8 ans et demi.

 

Mon zébrillon, qui a tout juste 8 ans & ½ , est THQI & terminera cette année l'école primaire avec 2 ans d'avance. J'ai donc un bon modèle de comparaison sous la main. Profitons-en !
Or il ne s'exprimait même pas de cette manière lorsqu'il écrivait encore totalement en phonétique en maternelle 8-O

 

Pourquoi l'auteure a-t-elle rédigé tout un livre dans ce style totalement irréel, improbable (& insupportable pour le lecteur !!!) !? Mystère...
Plus grand mystère encore, pour moi en tous cas, pourquoi pense-t-elle que c'est de cette manière qu'elle établira le contact avec les enfants doués ou leurs parents ( :arrow: "Petit livre à l'usage des enfants et des parents") ?
Pour ma part je ressens cette lecture quasiment comme une insulte, un aveu de non-compréhension des besoins d'un EIP :-x

 

Toujours pour la critique de la forme : le texte est écrit TRÈS TRÈS gros ! Le livre est conseillé à partir de 7 ans (dixit la 4ème de couverture), mais en le feuilletant on pourrait croire qu'il s'adresse à des enfants bien plus jeunes :oops:
Pour vous donner une idée, l'extrait que j'ai cité tient sur 11 lignes... & la page en comporte 16.

 

 

Sur le fond... bof, rien de fantastique !
Je reconnais que je suis tellement agacée par la forme que le fond ne peut trouver grâce à mes yeux, à moins d'être totalement merveilleux (& ce n'est pas le cas, malheureusement).

 

L'histoire est bien terne dans l'ensemble, très classique, si ce n'est les passages intéressants sur la synesthésie du petit garçon :round:

 

Bref, je suis profondément déçue de cette lecture. Elle n'a en rien été agréable pour moi, au contraire :(
Si le style avait été soigné & non "faussement enfantin", j'aurais sans doute été plus touchée par ce journal...

 

 

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20 commentaires à “Journal d’un jeune surdoué. Aide-moi à comprendre – Petit livre à l’usage des enfants et des parents”

  1. POK dit :

    Mon petit zèbre oublie rarement le « ne » de la négation à l’oral, alors à l’écrit, quasiment jamais, même quand il écrivait en phonétique…

  2. olivhood dit :

    oui ça vaut pas le journal de charly dans « des fleurs pour algernon »

  3. Ben en voilà un dont je me passerait :-)

  4. lenia dit :

    Je me demande surtout comment l’éditeur et ses correcteurs ont pu laisser passer une telle narration. C’est inconcevable chez des professionnels.

  5. lenia dit :

    ah, mais c’est l’Harmattan, je n’avais pas vu. Il n’y a donc pas de corrections…

  6. Famille à rayures dit :

    Je suppose que l’auteur a rencontré des enfants hqi elle a donc dû remarqué qu’effectivement ils ont un langage très élaboré. Aucun de mes enfants n’a jms parlé ainsi. Peut-être ce livre est-il finalement plus destiné aux autres enfants pour qu’ils comprennent mieux leurs copains hqi.!!!! Mais je m’étonne quand même de voir éditer un livre si mal écrit!!! Aïe aïe aïe

    • Zebrounet dit :

      Lenia a ts bien expliqué le pq du comment :up: (question de maison d’édition…)

      Le livre est pourtant donné pour être « le journal d’un enfant surdoué » (donc, écrit par cet enfant) & s’adresse à priori essentiellement aux familles d’EIP :( Je suis moi aussi dubitative qt à la cible réelle !??

  7. lenia dit :

    L’harmattan n’est pas très regardant sur ses publications. Ca se rapproche de l’édition à compte d’auteur, donc on peut y publier sa liste de courses pourvu que l’on achète 500 exemplaires du livre, ou quelque chose du même genre.

    • Karen dit :

      Et bien je vais leur envoyer mes écrits alors :) je suis en train de réfléchir à l’écriture d’un conte pour enfant ayant pour thème l’acceptation du surdon…par les surdoués eux-mêmes :)
      Non sérieusement, en tant que littéraire, j’ai été très choquée par le style, non pas enfantin, mais disons carrément nul de la prose. Effectivement, les enfants HQi sont à la recherche d’harmonie même au niveau du langage. La mienne a 4 ans et ne s’exprime pas du tout ainsi, elle reprend même les adultes lorsqu’ils commettent des fautes de syntaxe ou d’imprécision au niveau du vocabulaire (les termes truc, machin sont à bannir avec elle :) Le langage rend compte de l’articulation de la pensée. La forme porte le fond :) Je n’ai pas lu le livre mais cet extrait ne m’en donne pas envie , j’ai l’Impression que c’est biaisé dès le départ :) Le narrateur n’est pas crédible alors son message risquerait de ne pas me toucher :) J’ai l’impression que le livre de Lénia Major ( Zachary l’ourson précoce ) est bien plus profond, même s’il s’adresse à un public plus jeune. Les mots font rêver et apportent une douceur poétique qui fonctionne presque en tant que mantra pour apaiser les angoisses des enfants HQI. C’est un baume pour la jeune âme meurtrie par la méchanceté et la jalousie qu’elle saisit de façon émotionnelle mais dont elle est incapable de décortiquer intellectuellement les tenants et les aboutissants. Que de souffrance je lis en mon enfant quand sa cousine la nargue en lui disant que elle, elle est déjà en première année(CP) !

  8. Chrodegang dit :

    Effectivement, le style me laisse pantoise.

  9. Bridge dit :

    Bonjour,
    Je m’interroge quant à la prise de recul de vos remarques. Autant j’ai adhéré à presque tous les articles et commentaire de ce blog, autant là je vous trouve un peu sectaires.
    En effet, il est admis par vous tous que les zèbres sont retrouvés dans tous les milieux sociaux, et là vous êtes sceptiques sur une histoire de vocabulaire ?
    Il faut quand même reconnaître que dans certaines classes sociales le vocabulaire utilisé n’est pas aussi élaboré, et nous parlons d’un enfant de 8 ans !
    Sociologiquement parlant, un enfant issu d’un milieu favorable va développer des facilités et sera mieux accompagné, et ce dès son plus jeune âge. Un enfant issu d’un milieu moyen ou défavorisé n’aura évidemment pas les mêmes chances d’accès, il se construira un peu plus tardivement, au contact de l’environnement qu’il côtoiera. Et il ne parlera ni n’écrira comme un livre à 8 ans !
    Alors un peu de tolérance envers les autres, ne jugez pas sans connaitre …

    • Karen dit :

      Bonjour Bridge

      Je peux comprendre votre agacement car c’est vrai que les HP se retrouvent dans tous les milieux et effectivement il peut y avoir une différence de vocabulaire mais pas à ce point. Un enfant de 8 ans, ayant évolué dans un milieu familial défavorisé, aura toutefois eu accès à la richesse de la langue française, que ce soit par le biais de l’école, des livres, et même de la télé (cela dépend des émissions regardées évidemment. :)
      Un enfant HP éprouve un réel besoin de précision au niveau du vocabulaire et ce afin de trouver très tôt le matériau linguistique pour rendre compte de l’articulation de sa pensée. Il cherchera par lui-même les ressources nécessaires.
      Ne pensez surtout pas que nous nous montrons dédaigneuses parce que nous sommes de classe élevée. Personnellement, mes parents étaient des immigrés analphabètes mais je lisais Épictète et Sénèque à 10 ans grâce à la gentillesse des bibliothécaires de mon village qui me conseillaient dans mes lectures.

      On a parfois tendance à sous-estimer les capacités linguistiques de tous les enfants, HP ou pas, Je n’aime les chansons bêtifiantes pour le public enfantin. Ils méritent mieux que cela. Les enfants tirent un réel plaisir des mots, et je peux le voir à la joie que mes élèves éprouvent lorsqu’ils apprennent des poèmes difficiles. De même, certains spectacles sont insultants pour l’intelligence des enfants, ils saisissent la réalité de façon bien plus nuancée que les adultes ne le pensent. Arielle Adda conseille d’entourer les enfants HP de beauté, de ne pas gâcher leur joie avec des jouets grossiers. Maria Montessori l’avait bien compris, TOUS les enfants sont en quête de beauté et ils la recherchent même au niveau du langage :)

      Au fond, quel que soit le public à qui s’adresse ce livre, il devrait être écrit dans une belle langue. C’est vrai que ce serait étonnant d’y trouver des termes comme « nadir » ou « déliquessence  » car ce ne sont pas des mots qu’un enfant retiendrait mais on est en droit d’attendre un style fluide, dans le respect de la syntaxe.

    • Chrodegang dit :

      Bonjour, je pense que le problème va au-delà du vocabulaire puisqu’il englobe la syntaxe également, l’utilisation systématique de la négation orale incomplète est assez fatigante et je pense qu’un enfant HPI d’un milieu défavorisé est à même de saisir la nuance (parce que j’ai déjà eu entre les mains des livres destinés à cette tranche d’âge et bien souvent le style est plus soigné que cela, sans être du Balzac évidemment). Les enfants sont capables de faire la différence entre le monde oral et le monde écrit qui a ses propres règles, et cela ne leur pose pas de problème de lire des histoires dans lesquelles les personnages utilisent une syntaxe plus soignée que la leur au quotidien, et ce qu’ils soient HP ou non. Il n’y a aucun besoin d’essayer d’oraliser et de simplifier au maximum la syntaxe et le vocabulaire pour essayer de plaire à un maximum d’enfants, c’est bien les sous-estimer! Même un enfant de milieu défavorisé est concerné. S’il a réussi à apprendre à lire avant son CP, comme c’est bien souvent le cas (et les parents n’y sont pour rien), il est parfaitement capable de prendre en charge un style plus soigné que ce qui est présenté ici! Stimulés à leur juste mesure ou pas, c’est aussi par leurs lectures qu’ils s’améliorent et se cultivent. Qui sait combien d’enfants de milieux défavorisés pensent dans leur tête avec une syntaxe plus élaborée qu’on ne pense?
      D’autre part, à titre personnel, je faisais partie de ces enfants qui avaient un langage rigoureux et très (trop?) châtié, et ce très jeune (et mes parents ne sont pas du tout de la haute, je ne suivais pas leur exemple). Je me serais vraiment demandé si j’avais un problème en lisant les pensées de ce garçon si orales. Honnêtement je ne pense pas que je l’aurais pris au sérieux, ou pire, je me serais demandé ce que nous avons en commun (et comme ce sont les livres qui ont raison, c’est moi-même que j’aurais exclue de la possibilité de douance). Je sais que tous les surdoués ne sont pas aussi tatillons au niveau du style d’écriture, c’est sûr (pour moi, même malgré moi, c’est toujours le cas). Mais du public qui peut espérer lire ce livre un jour, combien sont comme moi et d’autres qui se sont déjà exprimés à ce sujet? Peut-être une majorité!



:) :-D 8) :oops: :( :-o LOL :-| :-x :-P :-? :roll: :smile: more »

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