Et moi alors ?!

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Comme je l'ai expliqué ici même dans un billet intitulé "Comment tout a commencé", j'ai découvert mes zébrures à 29 ans, début 2009. 
Pour mémoire, cela a débuté par le dépistage de mon Zébrillon, qui avait alors 4 ans,  en 2008. "Dépistage" (icon_exclaim1) réalisé sur l'insistance de ma mère, qui était alors absolument persuadée que quelque chose d'exceptionnel (au véritable sens du terme) se maifestait sur mon fis.
Vous suivez ?  Bien !  icon_biggrin1 

Il y a qqs temps, j'ai demandé à ma mère pourquoi elle n'avait pas vu sur moi étant enfant l'évidence qui semblait tant lui sauter aux yeux concernant son petit-fils zébré !?  Et oui, comment ne pas se poser cette question, incontournable, dans une telle situation...

Et stupéfaction quand elle m'a avoué avoir eu le même sentiment lorsque j'étais petite. Mais elle avait été stoppée net dans son élan...

 

Flashback dans les années 80. Elle m'avait amenée consulter mon pédiatre, alors que j'étais âgée de 4 ans (donc en 1983, pour situer avec précision l'époque icon_neutral1 ) en lui expliquant qu'elle souhaitait me faire examiner par un psychologue, car j'étais comme une petite adulte & je cite, "je lui faisais peur". J'étais comme enfermée dans mon monde, très seule. En deux mots, très éloignée de ce qu'étaient les autres enfants de cet âge, & elle sentait que quelque chose différait chez moi, mais elle ne savait pas quoi faire ni comment m'aider.
Le fameux pédiatre a eu cette réponse merveilleuse, savant mélange de compréhension, d'humanité & de diplomatie : il l'a envoyée pêtre ! icon_confused  Lui suggérant sans prendre de gants d'aller elle-même consulter un psy, parce qu' il avait finement déduit de cet appel à l'aide qui lui été lançé, qu'elle reportait sur moi je cite, "son désir inconscient d'avoir un enfant différent, supérieur aux autres, etc".
En conclusion, si j'étais bizarre, elle ne devait s'en prendre qu'à elle-même, c'était sa faute bien entendu. Qu'on se le dise ! Elle m'incitait, selon lui, à être hors de la norme & l'intérêt qu'elle portait à mon comportement ne ferait qu'agraver les choses.

 

Accusée  d'être responsable d'un comportement qui l'inquiétait par ailleurs, désignée comme coupable officielle de mon attitude singulière, raillée & largement culpabilisé par un pédiatre en qui elle avait toute confiance & à qui elle faisait part de son désarrois ; ma mère, est ce jour-là repartie la queue entre les jambes, honteuse.  Plus jamais dans ma vie d'enfant (puis d'adolescente) elle n'osa revenir sur ce sujet. Je n'ai du reste aucun souvenir de cette visite (alors que j'ai des souvenirs bien plus anciens) & jamais elle ne m'en avait parlé auparavant.

 

Ce jour là, une porte s'est fermée, pour ne se rouvrir que quelques 25 ans plus tard icon_sad1
Et voilà comment je suis certainement passée à côté d'un "diagnostic" (vilain mot pour ce qui n'a rien d'une pathologie ou d'une anomalie  icon_confused1 ) à 4 ans...
Quand elle m'a rapporté cet incident, ma première réaction a été de me dire que :

- primo, ce pédiatre était un véritable con

- secundo, ma mère n'avait pas franchement fait preuve de beaucoup de détermination en s'arrêtant ainsi, à la 1ère remarque d'un médecin (qui n'était qu'un pédiatre, c'est à dire en aucun cas une référence en matière de psychologie !)

 

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Et puis en lisant le livre de Daniel TAMMET ("Je suis né un jour bleu"), j'ai repensé à cette mauvaise expérience dont avait été victime ma mère, & j'ai réalisé que je faisais sans doute l'énorme erreur d'envisager la situation sous un mauvais angle. D'une part, car je la regardais avec mon propre caractère (qui n'est pas exactement celui de ma mère à l'époque ! Bien au contraire) & surtout, je la considérais avec les connaissances qui sont les nôtres aujourd'hui, au XXIème siècle.
Mais en 1983, qu'en était-il ? Combien de médecins (généralistes, pédiatres, psychiatres) étaient réellement au fait des dernières découvertes en matière de psychologue &/ou neuropsychologie icon_question1  icon_question1  icon_question1
Quand même les connaissances des spécialistes (psychiatres, neuro-psychiatres,  psychologues, neuro-psychologues) étaient elles-mêmes très peu avancées dans ce domaine, comparativement à ce que nous savons à l'heure actuelle.

Tout ce qui touchait au surdouement, comme à l'autisme ou au syndrome d'Asperger (qui est une forme d'autisme parmi d'autres, & dont fait référence l'ouvrage de D. Tammet) était limité, mal interpreté, voire totalement occulté.
Ainsi, ce pédiatre n'était certainement pas une exception . Il devait être tout à fait dans l'esprit de l'époque, ni plus ni moins. Certains spécialistes s'intéressaient déjà à la question, mais dans l'ensemble, les médecins & psychologues n'étaient pas vraiment portés sur le sujet & les études menées sur ces thèmes sont récentes.
Le syndrome d'Asperger n'a par exemple été reconnu par l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé) qu'en 1992.

 

Gardons à l'esprit qu'il n'y a pas si longtemps encore, les médecins n'hésitaient pas à laisser entendre que l'autisme était la conséquence d'un trouble relationnel mère / enfant !  Cette hypothèse qui depuis s'est révélée être totalement fausse est devenue une croyance, qui comme toutes les croyances, a la peau dure a certainement fait bien des ravages dans les familles ayant un enfant atteint d'une forme d'autisme.  Il est en outre toujours possible d'avoir cette contre-vérité resservie au cours d'émissions radio ou télé racoleuses sur le thème de l'autisme icon_down
Ou comment schématiser & caricaturer à outrance des choses qui, comme elles sont méconnues, paraissent mystérieuses, & donc sont à minorer, ou nier. Quoi de plus simple pour culpabiliser les mères lorsque leur enfant ne correspond pas à la norme que de leur mettre ça sur le dos ?!
C'est précisément le réflexe qui avait été celui de ce pédiatre. L'explication était toute trouvée, il suffisait de pointer du doigt l'incompétence présumée de la mère qui attendait de lui une aide, un signe d'intérêt. Le coupable idéal était identifié & l'affaire était classée.

 

Pour revenir au livre très intéressant de D. Tammet (qui a mon âge. Je ne sais pas si je suis aussi née un jour bleu, mais nous sommes tous deux nés en 1979 icon_rolleyes1), je me suis pleinenent retrouvée dans certains comportements, certains ressentis qu'il décrit avec beaucoup de simplicité & de clarté.
Je suppose que c'est le cas de nombreux Zèbres lorqu'ils lisent ce livre. Car sans être autiste, certaines attitudes, certaines situations peuvent parfois se mettre en parallèle & se confondre avec l'autisme.

 

De la même manière que certaines caractéristiques de l'hyperactivité se croisent avec le sudouement & peuvent, vues de l'extérieur (par des non-connaisseurs) se confondre. Il semble évident que le surdouement, l'autisme & hyperactivité sont quelque part liés.

Le risque étant, quand il y a confusion, d'établir un mauvais diagnostic, ce qui aurait de lourdes conséquences.

 

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8 commentaires à “Et moi alors ?!”

  1. Marie-Laurence dit :

    Malgré tout, il reste qu’en 1983 l’empathie et le tact existait :P
    Je peux comprendre ta frustration… j’ai eu la même réaction quand apres 30 ans (oui, je suis une 1978) j’ai « découvert » que mon mal-être pouvait être dû à un déficit de l’attention non diagnostiqué et qu’à la question « est-ce que j’ai déjà passé des tests » ma mère m’a répondu « oui et effectivement on nous avait dit que tu avais une problématique mais pas assez importante pour que nous nous en préoccupions! »
    Bon, finalement, je n’ai peut-être pas un pb d’attention mais plutôt un fonctionnement cognitif divergeant (;P) mais tout ça revient au même: un enfant manifestement différent qui doit se débrouiller seul pour s’adapter le plus possible!

  2. zebrounet dit :

    « un enfant manifestement différent qui doit se débrouiller seul pour s’adapter le plus possible! »

    C’est tellement vrai ! :(
    C’est malheureusement le lot des enfants qui ne cadrent pas avec la norme imposée (quelles que soient leurs différences du reste)

    • Chrystelle Lassus dit :

      hélas, c’est eux qui ont une problèmatique à résoudre pour vivre mieux dans une société qui leur parle peu, mais… c’est à eux de s’y adapter, et sans bruit ni grincement S.V.P… :hypno:

  3. Fabrice dit :

    Papa a-t-il été testé?

    • Zebrounet dit :

      Non le papa n’a pas vu l’intérêt de passer un bilan, mais présente ts les signes de rayures caractéristiques ;) D’ailleurs, aujourd’hui ça me fait sourire parce que je vois ça d’un œil différent, mais qd nous nous sommes connus, lui & moi, je me suis dit « Mince ! Il est comme moi ».

      Bien sûr, en ce temps-là (ça fait + de 10 ans…) je ne savais pas « ce que j’étais » (j’étais la même, mais je veux dire que je ne’avais pas conscience de mon surdouement – je ne savais même pas de quoi il s’agissait, je ne risquais par conséquent pas de songer à cette folle hypothèse me concernant) :roll: Et ça, bien svt ça ne trompe pas : qd un HP se dit « il / elle est comme moi », c’est à coup sûr un autre HP (& ça n’arrive pas si svt que ça… ).
      Ca peut sembler étrange, mais ça se ressent. Je l’ai finalement tjrs ressenti, mais aujourd’hui je sais « en quoi » la personne que je repère (en me faisant cette réflexion) est semblable à moi.

  4. Un Chat Sauvage dit :

    Bonjour zébrée blogueuse, un clin d’oeil aux articles et celui-ci en particulier. En décalage depuis plus de 30 ans (j’en ai 35) dans ce monde, je viens juste d’intégrer complètement ma différence, suite à un premier entretien avec une psy qui a bien travaillé ces questions dans son cursus ; et qui est très heureuse avec moi de disposer d’un « z » à livre ouvert, bien que nos entretiens sont curieux, car j’ai l’impression que deux psys discutent d’une troisième personne ! A laquelle elle souhaite redonner le goût du plaisir de vivre. Vaste chantier, mais je suis bricoleur, je n’ai pas peur, même des plans d’Ikéa. « Je vois le monde à ma façon, à ma vitesse, les interactions entre les gens avec un oeil là aussi différent, mais je ne suis pas autiste, ni malade. » Je me le répète depuis ;)
    Depuis je plane, ce qui est toujours mieux que de creuser sous la piscine. Je suis jaloux de ces enfants dont on se préoccupe aujourd’hui, pour ceux qui ont la chance d’avoir des parents qui se posent les bonnes questions. Qu’ils s’en posent d’ailleurs tout court, c’est déjà un bon début. J’ai été secoué moi aussi de lire ces textes sur les précoces, tant cela réduit l’impression que nous disposons d’un libre-arbitre sur nos choix dans la vie, tout étant écrit ou décrit ! Jusqu’à certains de mes rêves, que je peux directement relier à certains critères. C’est si troublant !
    Juste que j’ai de la chance de mettre enfin décidé de tenter une 3ème rencontre avec un psy, et de tomber sur la bonne. Mon espérance de vie est remontée en flèche ! Quant aux médecins, qu’ils retournent en fac et nous foutent la paix avec leurs médocs poisonneux pour traiter une bipolarité qui n’existe pas. On est au moyen-âge ou bien ?
    Félicitations pour ce joli blog, et belle vie aux petits zèbres. C’est si joli en famille;))

  5. Bonjour, j’ai 49 ans et je peux dire que tout semblait moins compliqué dans les années 60-mi 70. A l’époque il n’était pas rare qu’un enfant entre au CP à 5 ans ou qu’il change de classe en cours d’année. On ne « traitait » pas ces enfants de noms étranges, on disait juste qu’ils étaient « doués », point barre. On m’a souvent dit que j’étais douée quand j’étais petite, je le prenais comme un compliment, parce qu’on ne me montrait pas du doigt comme on peut le faire maintenant. Pour moi, tout s’est bien passé à l’école jusqu’en 4e. Cette année-là a été appliquée la réforme Haby, dite du collège unique : un même niveau pour tous. Et les faibles continuèrent à couler et les forts coulèrent aussi, attirés vers le fond par le poids d’un niveau qu’on ne leur autorisait plus à dépasser… (après mes parents m’ont changée de collège et j’ai pu poursuivre une bonne scolarité).

    J’ai découvert les tenants et les aboutissants de la « douance » (j’aime bien cette expression qui reste assez neutre) en me penchant sur le sujet pour mon fils dans les années 1995-2000. Il y avait peu d’informations sur le net, mais ça commençait.

    Je retiendrai la réflexion de Zébrounet sur la rencontre avec son mari : « Il est comme moi ». Tout s’éclaire, notamment cette étrange impression que j’ai en rencontrant certaines personnes avec qui le courant passe tout de suite, comme si on se connaissait déjà…

    • Zebrounet dit :

      J-C Terrassier ds son ouvrage « Les enfants surdoués ou la précocité embarrassante » écrit d’ailleurs à ce propos (section sur l’avance scolaire) qu’en 1967, 7,3% bénéficiaient d’une dérogation pour l’entrée en CP. En 1975 ils n’étaient plus que 3,3% & de nos jours, moins de 2%. Il souligne en outre que l’attitude des enseignants y est, selon lui, pour beaucoup dans ces chiffres ;)



:) :-D 8) :oops: :( :-o LOL :-| :-x :-P :-? :roll: :smile: more »

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