Pourquoi je n’en parle pas dans la vraie vie ? (partie 1/2)

Depuis que j'ai pris conscience de mes rayures, je suis passée par plusieurs phases. J'ai éprouvé des sentiments différents & d'ailleurs parfois contradictoires.
Certaines phases ont duré quelques jours, d'autres quelques heures à peine :dots:

 

Je crois que la plupart des gens ayant appris leur douance à l'âge adulte ont ressenti ces émotions successives (le fait de l'apprendre étant enfant n'amène pas à mon sens à suivre le même parcours). Doute, soulagement, incrédulité, colère, tristesse, perte de repères se sont bousculés à vitesse grand V - parfois chevauchés - dans mon esprit.

 

Petit flash back nécessaire ( :!: )... suite à l'annonce du surdouement de mon zébrillon, j'ai très rapidement ressenti le besoin de moi-même passer un bilan. Je le ressentais comme vital (sans exagération).
Je ne pouvais pas rester dans le doute, tant ça me rongeait :-|

 

Je m'étais reconnue à 300% dans les livres sur le sujet. C'était moi, il s'agissait bien de mes émotions, plus troublant encore, je reconnaissais mes propres mots ! Ceux-là même que je n'avais jamais partagé avec personne.
J'avais déjà eu, avant ces lectures, la très étrange sensation que la psychologue de mon fils parlait de moi lors de son entretien de restitution. Sentiment désagréable car coupable (c'était SA séance de restitution, SON moment à lui - de quel droit pouvais-je ramener à moi ce qui LE concernait ?!).
Mais aussi sentiment terrifiant car il me renvoyait à des épisodes douloureux de ma propre enfance, avec la crainte que mon loustic ne vive les mêmes choses.

 

Paradoxalement, je me disais qu'il était absolument impossible (& vraiment très présomptueux) de penser que je puisse être "surdouée". Certes, je me suis toujours sentie en énorme décalage, depuis toute petite. Mais depuis le temps, j'avais composé avec (tant bien que mal...) & me m'étais construit ma "légende personnelle" :smile:
Elle consistait à penser que tout ça - ce que j'ai toujours appelé mes "bizarreries", l'incompréhension mutuelle entre le monde extérieur & moi-même - était le fait d'une enfance hors du commun, passée à l'étranger dans de nombreux pays. Pour moi il ne faisait nul doute que ce mélange incessant de cultures, de mode de vie, de langues m'avait écartée de la réalité des petits français de mon âge.
Je savais bien que nous n'avions pas les mêmes références ni les même repères, je le ressentais chaque jour, à chaque immersion dans le monde extérieur (école, activités, jeux entre enfants, etc.). Mais c'était forcément dû au fait de mon enfance passée à la fois partout & nulle part.
Quelle autre raison aurait pu si bien expliquer ces disparités ?!

 

Le retour définitif en France avait été un véritable choc pour l'enfant que j'étais. Je m'en souviens encore avec précision.
Moi qui suis très sensible aux sons, aux odeurs, je n'aimais rien d'ici. Tout me semblait fade, terne, gris, agressif, austère. Mes années passées n'étaient que chaleur, couleurs, odeurs délicieuses, liberté, exotisme. Je crois que mon enfance heureuse s'est arrêtée le jour où je suis revenue en France :cry:
C'est en tous cas ainsi que je le perçois intérieurement.

 

Suite au bilan de mon zebrounet, lorsque j'ai compris ce que j'étais, j'ai eu le sentiment de perdre une partie de moi. Ce qui avait été pendant presque 30 ans, une réalité (la mienne - car qu'est-ce que la réalité d'un souvenir ?!...), expliquant à elle seule mes différences, mon décalage, avait soudain perdu tout son sens.
Comme si je m'étais trompée, comme si mon imagination était la seule responsable de toute cette supercherie avec laquelle je cohabitais depuis plusieurs décennies & qui m'avait laissé croire en quelque chose que je voyais s'effondrer. Je me sentais trompée... par moi-même ! :-o

Je comprenais enfin pourquoi j'étais comme ça, je gagnais assurément quelque chose ! Mais en contrepartie, dans un premier temps, cela m'a aussi fait l'effet de perdre une part entière de mon identité. Un peu comme si être surdouée gommait toute originalité, toute singularité. Puisque tout ce que je ressentais, pensant que c'était une conséquence de mon enfance, se retrouvait là, écrit noir sur blanc dans des livres 8-O

 

Aujourd'hui j'ai parfaitement accepté l'idée que cette crainte était infondée, mais à l'époque pendant l'espace de quelques jours, le sol me faisait l'impression de se dérober sous mes pieds par le biais d'une perte totale d'identité.

 

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Puis j'ai tout analysé, décortiqué avec méthode & minutie, dans le but de savoir où j'en étais.
D'où l'importance de garder en tête que "surdoué" ou pas, nous sommes avant tout des être UNIQUES. Chacun est différent, même quand les parcours ou les sentiments peuvent parfois se croiser, voire se confondre sur une période donnée. Il n'existe pas 2 personnes identiques, & il n'existe pas 2 zèbres identiques !!!

 

Aujourd'hui je sais que je suis le fruit de la combinaison de mon haut potentiel ET de mon passé, mon vécu. L'un ne pouvant être dissocié de l'autre.
Le surdouement n'explique pas tout & ne façonne pas à lui tout seul un individu. Se découvrir Z ne résout rien si l'on est pas en paix avec soi-même & capable de prendre suffisamment de distance pour faire de cette nouvelle une véritable chance !
Comment mettre à profit ces facultés hors du commun, si on est pas en mesure d'en comprendre la réelle dimension :-?

 

Plus important encore, le surdouement n'excuse pas tout ;) Tel que je le conçois, il n'est surtout pas une dispense pour végéter & se complaire dans une attitude molle & défaitiste. Il appartient à chacun de se prendre en main & de regarder ce don comme quelque chose de bénéfique, de "plus".

Etre surdoué ne revient pas à être exempté de vivre, de se remettre en question ou de se remuer. Pourquoi se soustraire si facilement à ses responsabilités, en mettant en avant :

 

"C'est pas ma faute, je suis surdoué ! Je suis un pauvre petit être incompris & mal aimé"

 

 

Je lis souvent ça & là sur Internet des messages tournant autour du thème inlassable "la vie est tellement dure pour nous, pauvres surdoués".... :-?

Oui, la vie est dure quand on ne partage pas les mêmes codes, quand on se sent différent, mais il y a tellement d'êtres humains terriblement plus malchanceux & à plaindre, ayant des problèmes autrement plus graves (& sans réelle solution envisageable), que je fais une overdose de ce type de logiques pleurnichardes en vogue ces temps-ci sur le Net :beurk:

 

Il ne faut pas nier la différence, surtout pas !!! Il est primordial de la reconnaitre à sa juste valeur, de l'accepter pleinement, surtout pour les plus jeunes, afin qu'ils puissent se construire en intégrant cette spécificité & grandir sereinement, en accord avec eux-mêmes. Mais, (il y a un grand "mais" !) je suis d'avis qu'il faut bien prendre garde à ne pas faire la confusion entre "considérer comme il se doit le surdouement" & "l'instrumentaliser, comme une justification de toutes sortes d'erreurs commises & de passivité".
Attention à ne pas verser dans une forme exagérée de misérabilisme qui devient pathétique... :-x Il y a également de très nombreux exemples de Z devenus célèbres pour leur oeuvre remarquable, leur vie bien remplie, leurs études brillantes !!!
Le bonheur n'est pas interdit aux Z, si tant est que l'on se donne les moyens d'y accéder (& j'ajouterais, comme tout un chacun, finalement !!!). Z ou non-Z, chacun doit mener sa barque n'est-ce pas. Les surdoués n'ont pas le monopole de la difficulté à faire leur chemin ! Bien loin de là...
C'est pourquoi l'argument consistant à laisser entendre que le surdoué serait inapte de manière générale (excusant par la même occasion tout un tas de choses sans aucun lien avéré avec les zébrures...) me gène beaucoup. La douance n'est ni une maladie, ni une tare, ni un handicap.
Que ce soit dit une bonne fois pour toutes ! :hypno:

 

En effet, à quoi sert l'intelligence dite "supérieure" si elle n'est utilisée qu'à tourner en rond sur ses petits ennuis personnels, somme toute, très relatifs ?
A force de passer son temps à se regarder le nombril ces gens, prétendument surdoués (entre parenthèse, je serais curieuse de savoir combien d'entre eux sur les forums ont fait l'objet d'un réel diagnostic clinique de haut potentiel suite à un bilan psychométrique complet ? 8-O Se penser Z n'est pas être Z) ne font rien de concret, ne bâtissent rien.
Ils me donnent le sentiment qu'au fond, le seul sujet qui les intéresse est leur petite personne.

 

Le mythe du surdoué oscille actuellement entre 2 tendances extrêmes :

- l'image du génie, gringalet à grosses lunettes pour qui tout est simple & inné, ayant passé le Bac à 12 ans !

- celle du cancre rebelle, qui est tellement incompris qu'il a tout raté dans sa vie, parce que trop rusé...

 

Or, ni l'un ni l'autre de ces stéréotypes n'est juste, vous vous en doutez bien. La caricature est nocive dans les 2 sens. Ni la grosse tête ni le poète maudit ne sont une bonne compréhension & interprétation du haut potentiel.
Elles discréditent toute la réalité modérée liée à cette particularité & incite ainsi à tourner en dérision les Z. Ce que les sceptiques ne manquent pas de percevoir & d'utiliser.

 

Voilà pourquoi je n'en parle jamais dans la vraie vie. Je refuse d'être définie par un "état" (que la majorité ne connait pas, & donc qui appelle à bon nombre d'éclaircissements, de mises au point afin d'éviter le plus possible les malentendus) ou réduite à un chiffre.
Il n'est pas question pour moi de passer mon temps à gémir sur la difficulté d'être ou la légendaire (& fausse !) procrastination du surdoué, ça ne me correspond pas.
Je n'accepte pas d'incarner une victime, encore moins un être supérieur qui se poserait en donneur de leçons sur les pauvres "normaux-pensants", comme d'aucuns qualifient les non-Z.
Je suis, point ! :-D

 

Exception faite de ce blog, dont le surdouement est le thème bien sûr ( :-P ), je garde pour moi mes zébrures. Elles ne sont pas cachées, mais pas non plus exhibées ou mises en avant d'une quelconque manière que ce soit. Je n'y fais jamais allusion au quotidien, & ne rêve pas de vivre dans un monde rayé.
Pour les raisons évoquées plus haut, & car tout dans ma vie ne s'articule pas autour du surdouement !
La société est constituée de personnes très différentes & il faut savoir l'accepter & l'apprécier. Des affinités naissent, ou non, naturellement, je dirais presque instinctivement. Mais vouloir forcer les choses & recréer un univers factice peuplé de Z (vrais ou faux, peu importe) est la chose la plus absurde & inutile qui soit selon moi.

 

La rédaction des billets de ce blog est une réflexion sur une matière qui fait partie de moi & qui me passionne, comme une petite bulle dans ma vie. Mais elle n'empèche pas pour autant d'avoir 1000 autres petites bulles - comme autant de centres d'intérêt - totalement différentes & tout aussi passionnantes !
Il ne faut pas s'enfermer dans une tour d'ivoire & ruminer son mal-être en pointant du doigts les autres. C'est céder à la facilité que de toujours se retrancher derrière une prétendue incapacité à vivre, à se réaliser, à exister.

 

 

( :arrow: la suite au billet suivant... c'est à dire ICI)

 

 

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5 commentaires à “Pourquoi je n’en parle pas dans la vraie vie ? (partie 1/2)”

  1. ViVie dit :

    Merci, je reviens regulièrement lire cet article… Dès que je (re)commence à me perdre.
    BiZouXx ;-)

  2. ecobichon dit :

    Bonjour, j’apprécie ton point de vue, je partage le fait que d’annoncer sa zébrure comme un état, n’avance à rien dans sa vie de tous les jours et ne ferait qu’accentuer les soucis de communication avec les personnes qui la fondent. D’autant que la surdouance n’est pas selon moi, une intelligence + mais une autre intelligence.
    Mais dire que sous prétexte que des gens ont une vie bcp plus dure que la notre, nous devons arrêter de nous apitoyer, c’est un raisonnement qui t’est propre. certains zèbres vont avoir besoin de pleurer sur leur sort pendant longtemps, et ce n’est pas critiquable. à chacun sa façon de faire face aux difficultés, zèbres ou pas. Ta façon de gérer ta zébrure ne peut pas être applicable à tous. Certains vont s’apitoyer toute leur vie et n’arriverons jamais à gérer leur zébrure. Tout comme un individu subira une souffrance toute sa vie s’en pouvoir la surmonter ou même avoir conscience qu’il en subit une ! Plein de zèbres dans la nature ne savent pas qu’ils le sont !

    • Zebrounet dit :

      Bsoir,

      Bien sûr que c’est un raisonnement qui m’est propre, puisque c’est mon opinion que j’exprime là !!! :hypno:
      Par définition, ce n’est que mon avis sur la question & non « LA vérité » (d’ailleurs, quelle vérité ? :roll: La mienne ne sera pas la même que celle de mon voisin. De la même manière 2 surdoués n’auront pas forcément le même regard sur le monde… & heureusement !)

      « certains zèbres vont avoir besoin de pleurer sur leur sort pendant longtemps, et ce n’est pas critiquable »
      Je suis OK avec la 1ère partie :arrow: certaines personnes ont besoin de pleurer (& le font, d’ailleurs ! C’est leur droit le + strict). Mais, là où je ne te suis pas : C’EST critiquable. Tout est critiquable & ceci n’échappe pas à la règle.
      De mon point de vue, c’est qq chose qui n’apporte rien, qui est facile & qui m’exaspère. Je conçois que d’autres ne voient pas les choses de cette manière (car encore une fois, c’est mon opinion, seulement la mienne), mais c’est ainsi que je le ressens personnellement.

      « à chacun sa façon de faire face aux difficultés »
      Effectivement ! Et je ne crois pas que donner mon opinion empêche quiconque de « faire à sa façon » ;)

  3. ecobichon dit :

    On est d’accord sur le fond après c’est sur la forme.
    Parce que bien sûr tes textes expriment ton opinion mais je pense qu’ils sont là pour être lus et provoquer du partage. Je trouve que la manière de le dire peut donner l’impression à certains lecteurs qu’ils sont jugés et pas à la hauteur ‘tu ne dois pas pleurer, aller de l’avant » .
    Et ce n’est pas si facile de pleurer sur son sort, de s’avouer qu’on est faible…
    mais sur le fond merci d’avoir créé cet endroit et d’y exprimer TON opinion ! :)

  4. Rainbow dit :

    Je pense pour ma part un peu comme Zebrounet et voici MON opinion: Il est en effet bien compréhensible et même souhaitable de pleurer un bon coup à l’annonce d’une mauvaise nouvelle ou bien lorsqu’on traverse un coup dur dans la vie :( , mais il convient toutefois de relativiser par rapport à d’autres situations potentiellement plus graves . Si la découverte de sa propre zébrure ou de celle de son enfant peut être un choc, il est certainement bien moindre que d’apprendre un décès ou que de se voir annoncer une maladie incurable ! :-? Si d’apprendre que l’on a la chance incroyable d’avoir une intelligence différente à défaut de supérieure à la moyenne est perçu à long terme comme un malheur, c’est que l’on a une tendance dépressive, c’est pas possible autrement. :hypno: C’est la qu’intervient la notion de résilience chère à Cyrulnik: « La résilience est un phénomène psychologique qui consiste, pour un individu affecté par un traumatisme, à prendre acte de l’événement traumatique pour ne plus vivre dans la dépression. La résilience serait rendue possible grâce à la réflexion, à la parole, et à l’encadrement médical d’une thérapie, d’une analyse » (pris sur Wikipédia) ou plus simplement la capacité de chaque individu à « rebondir » face aux épreuves de la vie.
    Si la zébritude est vécue à long terme comme une souffrance, il faut se faire aider par quelqu’un de compétent, pas forcément un psy, mais là c’est pas gagné vu que les zèbres sont relativement peu nombreux dans la société, que ce n’est pas écris en lettre de néon sur leur front « allez-y parlez moi je suis un zèbre je peux vous comprendre » et que de parler de sa zébritude avec un non zébré relève la plupart du temps du chemin de croix vu le nombre hallucinant de stéréotypes erronés qui encombrent les esprits :-x . Pour moi, s’apitoyer c’est un aveu d’échec. :cry: Ce n’est pas possible. Des handicapés s’en sortent, des parents qui perdent des enfants s’en sortent, des victimes de catastrophes naturelles s’en sortent. :dots: Une fois la nouvelle digérée, assimilée, décortiquée, analysée il convient d’y faire face. La zébritude est une chance, en tout cas moi je n’échangerais ma place pour rien au monde ! Quand on pense que l’on pourrait-être carrément débile et ne même pas en avoir conscience… 8-O



:) :-D 8) :oops: :( :-o LOL :-| :-x :-P :-? :roll: :smile: more »

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